LA 37e RENCONTRE DE L’E.I.I.R. A SELBITZ EN ALLEMAGNE (juillet 2018)

JESUS-CHRIST, NOTRE JUSTICE.

LA VIE CONSACREE COMME EXPERIENCE DE GRACE


Compte rendu de la 37erencontre de l’EIIR, Selbitz, juillet 2018.

La  37e Rencontre Internationale et Interconfessionnelle des Religieux et Religieuses (EIIR) a eu lieu du 4 au 10 juillet 2018. (1)  Elle a rassemblé une cinquantaine de personnes venant de 15 pays et des Églises catholique, orthodoxe et protestante. Elle s’est tenue à Selbitz, petite ville du nord de la Bavière où vit depuis bientôt 70 ans une communauté protestante, la «Christus Bruderschaft».

Justice et grâce, deux thèmes centraux de la Réforme protestante, dont ce fut le 500e anniversaire l’année dernière! La grâce de Dieu nous libère et nous unit. Les participants ont aussi visité l’ancienne frontière du rideau de fer séparant l’Allemagne. Que signifie être aujourd’hui ouvriers de paix et de réconciliation?

[1] Le regretté Métropolite Emilianos Timiadis (archevêque orthodoxe) et Mgr Julian Garcia Hernando (prêtre catholique) ont cru qu’il ne fallait pas seulement un dialogue entre évêques, ou entre théologiens, mais aussi entre personnes de vie consacrée. La première rencontre a eu lieu à la communauté de Grandchamp (Suisse) en 1970. Dès lors des rencontres ont eu lieu régulièrement tantôt chez des catholiques, des orthodoxes et des protestants. https://eiir.wordpress.com/historique/

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INTRODUCTION

La Christus Bruderschaft (voir site web)

Sœur Myriam, membre de la «Fraternité du Christ», cite la pensée oecuménique du fondateur, Walter Hümmer, pasteur de l’Eglise évangélique de Bavière. Celui-ci était convaincu de l’importance d’accueillir les dons des autres Eglises. Pour lui l’Eglise du futur aura une dimension oecuménique. Ainsi le désir d’unité de l’Eglise a toujours été dans le cœur de cette communauté.
Son épouse Hanna était une grande charismatique et avait avec son mari le don de partager l’amour de Dieu. Les deux travaillaient avec des jeunes. En 1949 cette communauté a été fondée avec sept sœurs et six frères.
Une vie communautaire de sœurs et frères était une nouveauté dans le protestantisme allemand. Au début, elle apparaissait trop catholique, mais aujourd’hui la relation avec l’Eglise luthérienne est bonne. Il y a 106 soeurs… mais seulement 3 frères. Un tiers ordre de 110 membres marche avec elle.
Sur la montagne, trois maisons symbolisent la triple vocation de la communauté partout où elle se trouve : une pour la prière – la maison mère, une autre pour l’accueil (accompagnement et témoignage) une troisième pour les soins.
Leur journée est rythmée par trois prières. «Que Dieu nous donne de faire l’expérience de la présence de Jésus parmi nous, lequel crée l’unité», tel est le vœu de S. Myriam!

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Témoins de la justice et de la grâce. 

Son Eminence le Métropolite Athenagoras, archevêque orthodoxe du Benelux (Patriarcat œcuménique) et président de l’EIIR, ouvre la rencontre avec un premier approfondissement du thème.
Il affirme que nous vivons dans un monde qui, plus que jamais a besoin de grâce et de justice. Comment réconcilier notre foi en un Dieu d’amour avec le mystère du mal et de la souffrance? «La Justice de Notre Seigneur n’est pas de ce monde. En choisissant de consacrer notre vie à suivre Jésus, nous remettons entre ses mains ce don qu’il nous a fait, au service de l’autre».
Mgr Athénagoras se souvient qu’il a été tonsuré moine deux jours après la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre. Ce mur que nous visiterons durant ces quelques jours.
La grâce est au cœur de la vie monastique, dont le secret est de s’unir à la lumière du Tabor. Dieu se révèle à ses biens aimés, à ceux qui ont le coeur pur. Tous les chrétiens sont appelés à prier pour le monde soit transfiguré.
«Témoigner ensemble de l’Evangile dans un monde qui résiste à la grâce est l’urgence du moment», conclut-il.

IMG-4820Messages des Eglises

Les plus hautes autorités des Eglises nous ont envoyé des messages fraternels: le Patriarche Oecuménique Bartholomée dit que dans un monde où le souci du bien commun est dévalorisé et où la solidarité est en crise, l’Eglise Orthodoxe proclame que «c’est pour que nous soyons véritablement libres que Christ nous a libérés». La vie consacrée en est un témoignage éminent.
Le Cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, écrit que la vie religieuse puisant dans la prière de Jesus pour l’unité est dans la tradition de l’Eglise indivise. Au cœur tant de la vie religieuse que de la recherche de l’unité se trouve la conversion du regard. «Que cette rencontre contribue à l’unité chrétienne par la conversion du regard», conclut-il !
Le Pasteur Martin Junge, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, constate que les thèmes de cette rencontre sont en harmonie avec ceux de la FLM: la réconciliation, la miséricorde et la paix. L’Allemagne réconciliée et réunifiée en est un exemple. De plus il souligne que l’une des valeurs fondamentale de notre foi est d’accueillir l’étranger. «Je le traiterai comme j’aimerais qu’on me traite», dit un texte des responsables religieux de l’Europe.
Enfin le  Métropolite Augustin d’Allemagne, président de la Conférence Episcopale Orthodoxe en Allemagne, nous souhaite de travailler pendant ces jours dans la justice de Dieu: «Au cours des derniers mois, nous avons énormément réfléchi et discuté à propos de la justice de Dieu et de la justification du croyant, guérissant la mémoire commune de l’Église («Guérison des souvenirs») et reconnaissant notre culpabilité. Et bien sûr, nous avons prié».

«Mendiants de la grâce»

Nous terminons cette première soirée par la prière, où Jean-François Breyne, pasteur de l’Eglise protestante Unie de France, commente les Béatitudes. Celles-ci invitent à nous mettre en route, à une «intranquilité», avec et pour les autres, à cause de l’Evangile. Il traduit la première béatitude – «Heureux les pauvres en esprit» par «les mendiants du souffle» et rappelle que les dernières paroles de Martin Luther étaient : «Nous sommes tous des mendiants». «Mendiants de la grâce et de l’Esprit: c’est ce que nous voulons être et vivre ces jours», conclut-il!

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I. LA VIE CONSACREE COMME EXPERIENCE DE LA GRÂCE

 1.1 Perte et redécouverte de la vie monastique dans les Eglises de la Réforme. 

Bien que Martin Luther ait été très critique à l’égard des ordres, de leurs vœux et de la vie monastique en tant que telle, les ordres évangéliques peuvent être compris comme les héritiers légitimes de la Réforme. Telle est la thèse que Sr. Nicole Grochowina de la communauté «Christus Bruderschaft», désire illustrer.
D’ailleurs les critiques de Luther ne l’ont pas amené à supposer que les ordres devraient être abandonnés en tant que tels. Au lieu de cela il a promu l’idée d’une «troisième possibilité», où l’on devrait rencontrer des gens qui, sérieusement et volontairement, voulaient s’engager dans les commandements de Dieu et la vie chrétienne. Ici, ils devraient faire des prières communes et vivre ensemble – mais pour Dieu et non pour eux-mêmes.
Tout au long de l’histoire de l’Eglise protestante, nous pouvons découvrir quelques tentatives pour faire naître cette «troisième possibilité», par exemple en regardant le séminaire théologique de Dietrich Bonhoeffer à Finkelwalde.
Au lendemain de la 2e guerre mondiale, dans un processus de trente ans, les Eglises protestantes d’Allemagne acceptèrent progressivement la vie monastique en leur sein.
Aujourd’hui les ordres et les communautés protestants sont pleinement acceptés par l’Eglise. De plus ils cultivent des relations œcuméniques au-delà de toute limite. En même temps ils sont le foyer spirituel de nombreux chrétiens qui partagent le désir de s’engager sérieusement dans la vie chrétienne. Le protestant cherche, en effet, dans la communauté une spiritualité qu’il ne trouve pas dans la paroisse. De plus comme il est difficile de témoigner de sa foi dans la vie ordinaire, la communauté encourage à l’exprimer.
En tenant compte de ces aspects, on peut vraiment conclure que la vie communautaire protestante transmet l’héritage de la Réforme et qu’elle renouvelle la vie du protestantisme.

Le scapulaire est le symbole du service, dit S. Christine Marie, en montrant le sien et celui de Soeur Bénédicte, sœur protestante de Reuilly. Laquelle dit que le scapulaire a pris la place du tablier de service. L’idée était de conjoindre la diaconie et l’idéal monastique. Cela avait aussi une dimension œcuménique.

IMG-4850La soirée se conclut par les complies dans la tradition orthodoxe, dont voici une belle prière :
«Toi, qui en tout temps et à toute heure, au ciel et sur terre, es adoré et glorifié, Christ Dieu,longanime, riche en pitié, miséricordieux. Qui aimes le juste et fais miséricorde au pécheur,qui appelles tout homme au salut par l’annonce des biens à venir, toi-même, Seigneur, à cette heure, accueille nos requêtes et dirige notre vie selon tes commandements.
Sanctifie nos âmes, rends chastes nos corps, redresse nos raisonnements, purifie nos pensées, et délivre-nous de toute affliction, de tout mal et de toute douleur.
Entoure-nous de tes anges saints afin que, protégés, gardés et conduits par eux,nous parvenions à l’unité de la foi et à la connaissance de ta gloire inaccessible,car tu es béni dans les siècles des siècles. Amen».

1.2 La vie religieuse au service de la réconciliation, de la miséricorde et de la paix.

Gianluigi Pasquale (OFMCap), Professeur de Théologie à l’Université Pontificale Latéranienne, commence sa brillante conférence en citant Miguel de Unamuno: «Le métier des religieux n’est pas de vendre le pain, mais d’en être le levain».
Alors que dans certaines régions la vie religieuse stagne, là où l’Église palpite, la vie religieuse jouit d’une santé optimale. Se pose plutôt le problème sérieux de la sélection des candidats à la vie religieuse, habituellement marquée par les trois vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté.
Où l’Eglise est vivante il y a l’Esprit saint… et la vie religieuse y fleurit ! En Europe elle souffre, non seulement à cause de la dénatalité, cependant elle garde encore une grande responsabilité pour la vie religieuse.

A. Trois intuitions
G. Pasquale propose trois intuitions sur lesquelles se fonde la nouveauté de la vie religieuse : en premier lieu, la recherche du Dieu avec qui se réconcilier, puis, le besoin d’un frère ou d’une sœur, de qui recevoir, et à qui pouvoir offrirmiséricorde, et enfin, le souci du monde et des pauvres, définissable aussi comme désir profond  de paixet de sérénité.

La vie religieuse au service de la réconciliation
Du premier et fondamental moment de réconciliation avec Dieu par Jésus-Christ (2 Cor 5,20), jaillit le second, celui des frères et des sœurs. Ce n’est jamais le contraire, du moins dans la tradition chrétienne authentique de la vie religieuse.
Quand un religieux ou une religieuse « se montre » réconcilié avec lui-elle même et avec Dieu, ceci est le meilleur habit (dans le sens d’« habitus ») avec lequel il polarise l’attention des citoyens, des membres d’autres religions, et même des agnostiques.

L’unique cadre pour servir la miséricorde se situe dans l’ «autre pour moi»
Le second élément constitutif de la vie religieuse est le témoignage de la possibilité de vivre dans une famille de foi, comme si elle était une famille de chair. Considérer l’ «autre» comme le «frère pour moi» … voici l’invention des fondateurs des communautés!
Mère Teresa, par exemple, insistait toujours pour que les sœurs ne jugent personne et ne méprisent aucune catégorie de personne, encore moins les «non chrétiens»; elle attendait d’elles un affinement de leur capacité d’écoute et de réponse aux attentes de Dieu. Qu’elles sachent, pour cela, s’immerger dans l’humanité désireuse d’être simplement écoutée, avant d’être jugée !

Le respect de la création et le service pour la paix
L’homme contemporain est conscient d’avoir abusé de la création jusqu’aux limites du possible, et donc d’avoir causé des déséquilibres de paix.
Chaque fondateur a su instaurer un rapport nouveauavec la création ; il ne cherche pas les créatures pour les posséder ou les dominer, mais les appelle par leur nom, les invitant à rendre grâce au Dieu trinitaire, qui les a revêtues de beauté et de bonté, et en conséquence, les « appelant » à la paix.
De nos jours, les jeunes sont très attentifs et sensibles au respect de la création et à la réalisation d’un monde à nouveau pacifié.

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B. Le songe réalisable : une humanité plus conforme au projet de Dieu.

Le père G. Pasquale voit trois «points solides» : le sens profond du mystèreque développe chaque existence religieuse; les signes de l’entier dévouement à Dieu dont chaque religieux et chaque religieuse doit faire preuve, et finalement, l’acceptation de la progressive interculturalitéde la vie religieuse, base de départ pour servir la paix.
L’authentique «carte d’identité» du religieux est l’entier don à Dieu: une donation qui implique toutes les phases de la vie, et pour cela, la totalité de la vie elle-même.
Il s’agit de passer d’un «songe» à un «projet». Ce passage semble réalisable à condition que tous les religieux et les religieuses sachent être «pauvres en esprit»,

1.3 Le témoignage de la vie monastique comme annonce de la grâce qui libère et sauve

L’Archevêque Job de Telmessos, représentant permanent du Patriarcat œcuménique au Conseil œcuménique des Eglises, précise que ce qu’il va dire du monachisme dans l’orthodoxie peut s’appliquer aussi aux autres traditions.
Georges Florovsky, aimait définir le monachisme comme un «maximalisme évangélique», alors que le Père Placide Deseilleparlait volontiers d’un «Évangile au désert» pour illustrer la vie des premiers pères monastiques.
Cependant, le renoncement au monde des moines et des moniales n’implique pas un retranchement du monde dans l’Orthodoxie. Les moines et les moniales vivent dans le monde sans être du monde (Jn 17,11-19).
Le monachisme, par sa vocation d’être un phare pour le monde, témoigne et annonce la grâce qui libère et qui sauve. Saint Syméon de Thessaloniqueestimait que la tonsure monastique confère la grâce, l’illumination et la joie céleste.

Monachisme et la véritable connaissance de Dieu
On raconte qu’un jour un professeur renommé de théologie se rendit au Mont Athos, cette république monastique en Grèce qui est le cœur spirituel du monde orthodoxe. Là, il rencontra un vieux moine, saint Païssios. On le présenta comme un «théologien». L’ancien répliqua: «Un théologien ? Ah, une belle fleur… artificielle»! Puis il ajouta: «Avec un parfum… artificiel!». Le professeur, qui était un homme humble, se prosterna et garda le silence. Il avoua plus tard que cette parole de l’ancien l’avait touché et avait changé toute sa manière d’enseigner.
Au quatrième siècle, Évagre le Pontiqueaffirme: «Si tu es théologien, tu prieras en vérité, et si tu pries en vérité, tu es théologien». C’est à travers la prière, à la fois personnelle que liturgique, qu’on arrive à la connaissance de Dieu qui est la véritable théologie.
La prière est l’aspect fondamental de la vie chrétienne dont la vie monastique n’est qu’un paradigme. Pour saint Grégoire Palamas, le commandement de saint Paul – «Priez sans cesse» (1 Th 5,17) — doit être appliqué à tous les chrétiens sans aucune exception. Grégoire le Théologienenseigne qu’il nous faut, dans la prière, nous souvenir du nom de Dieu plus souvent que nous prenons notre respiration.
La pratique la prière continuelle sera recommandée aussi aux laïcs : avoir constamment présent à l’esprit le souvenir de Dieu. C’est dans la seconde partie du XXe siècle que la Philocalie fut vraiment diffusée.

Monachisme et témoignage de la miséricorde de Dieu
La tradition orthodoxe compare la vie monastique au retour du fils prodigue dans la demeure du Père.
«Seigneur, hâte-toi de m’ouvrir tes bras paternels, car j’ai follement dépensé toute ma vie. Considère le trésor inépuisable de ta pitié, Sauveur, ne méprise pas la pauvreté de mon cœur. Vers Toi, Seigneur, je crie plein de componction : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi»!
La vie monastique, en tant que vie par excellence du repentir, est aussi un témoignage de la compassion du Père céleste. C’est pourquoi les moines ont souvent témoigné de la miséricorde de Dieu par leurs activités caritatives et leurs actions de solidarité envers les démunis, les orphelins, les malades, les personnes âgées.
Ce témoignage de la miséricorde divine à travers l’activité philanthropique du monachisme annonce au monde la miséricorde divine qui par sa grâce guérit, libère et sauve. Aujourd’hui le monachisme est appel à témoigner encore davantage de la miséricorde par des œuvres de miséricorde.

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Monachisme en paix avec la création
Un autre aspect fondamental du monachisme est son témoignage d’une vie en paix ou en harmonie avec la création. Un jour, alors que le Saint Gérasime du Jourdainse promenait sur la rive du Jourdain, un lion terrifiant se présenta devant lui, hurlant de douleur et lui montrant sa patte enflée, car une pointe de roseau s’y était enfoncée. Rempli de la même compassion que Dieu éprouve envers chaque créature, Gérasime retira l’épine, nettoya la plaie et la banda, puis il congédia la bête. Mais le lion, plein de reconnaissance, ne voulut plus le quitter. Il le suivait partout comme un disciple exemplaire et, converti de sa férocité naturelle, il ne mangeait plus que du pain et des légumes.
Un autre exemple est celui de saint Séraphin de Saros qui nourrissait un ours effrayant. Cette harmonie que certains moines ont expérimentée avec la création manifeste l’harmonie d’Adam, le premier homme, avec la création avant la chute.
Pour cette raison, il n’est pas surprenant de constater que la création, le cosmos, occupe une place considérable dans les anciennes anaphores eucharistiques.
Le Patriarche Oecuménique Bartholomée, qui pour sa sensibilité à la cause environnementale a reçu à juste titre le surnom de «patriarche vert», a appelé l’humanité tout entière à développer un éthos ascétique. Les moines doivent en donner l’exemple, par l’observance des commandements de Dieu, la pratique de la prière incessante et à vivre la liturgie, selon son rythme, sans oublier le jeûne.

1.4 Echange et prière avec la Christus Bruderschaft

Sœurs Christine et Véronique parlent de l’engagement pour la paix de la Christus Bruderschaft, suite à une rencontre à Londres du mouvement «Church and Peace», dont la commuanuté membre. Au centre des préoccupations, les questions des réfugiés et la relation avec les pays de l’est.
Sœur Nicole participe au réseau «Ensemble pour l’Europe» composé de communautés et mouvements. La Bruderschaft en fait partie dès le début, au lendemain de la signature de la Déclaration commune sur la justification, où des mouvements catholiques et protestants ont décidé de mieux se connaître. Deux défis: une unité plus profonde du peuple de Dieu. Puis donner un témoignage à l’Europe. Il s’agit aussi de mieux connaître les chrétiens en Europe de l’Est.
Sœur Suzanne, le responsable des novices, présente une formation œcuménique, deux fois par an. L’échange des expériences et des questions est très enrichissant.
Sœur Christine partage son expérience des rencontres de CIR, l’équivalent anglophone des EIIR.
Comment se vivent les relations dans la maison-mère où vivent 60 sœurs? Des petits groupes, «des cellules» entre 5 et 8 sœurs ont été formés. On y mange, prie, partage, joue une fois par semaine.

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Comment les sœurs vivent-elles leur vocation à l’unité? Les relations œcuméniques sont bonnes, car c’est une des vocations fondamentale de la communauté. Les relations sont locales, régionales, et nationales. La Bruderschaft participe à la Communauté de travail des Eglises en Allemagne. Sur le plan international, des sœurs participent aux rencontres de la Fédération luthérienne mondiale et du Conseil œcuménique des Eglises.
Quels sont les critères pour entrer dans la communauté? D’abord recevoir une vocation du Christ à vivre en communauté. Une formation complète préalable est demandée. En principe les femmes doivent avoir moins de 40 ans, mais ce n’est pas une règle absolue. Quelle vertu est demandée : avant tout être prête à suivre le Christ. être prête à vivre avec les sœurs et à se remettre en question.
Cet échange est suivi par un temps de prière dans l’Eglise de la maison-mère. Une prière très simple: la lecture de la prière pour l’unité de Jésus dans l’Evangile de Jean (ch. 17), suivie d’un quart d’heure de silence absolu. Un moment bienfaisant où nous avons pu laisser l’Esprit agir. L’unité n’est-elle pas d’abord son don auquel nous avons à répondre par notre vie entière?

 

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II. DU MUR DE BERLIN AUX NOUVEAUX MURS

La Visite du village de Mödlareuth, non loin de Selbitz, surnommé le «petit Berlin», séparé en deux au lendemain de la guerre, a été un moment marquant de la rencontre. Dès 1949, à la création de la République démocratique d’Allemagne, suite à l’émigration vers l’ouest, la frontière est fermée. Une palissade est construite, puis des barbelés et un mur en 1966. Le mur est rasé en juin 1990. Un pan a été conservé au «Musée allemand – allemand».

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2.1 Briser les murs : le chemin des Eglises en Europe.

«Ici je vois ce que je n’ai pas vu depuis longtemps: l’œcuménisme en pratique», s’exclame Rudiger Noll, ancien directeur de la Commission «Eglise et Société» de la Conférence des Eglises Européennes (K.E.K.), Coordinateur des Académies protestantes allemandes.
Il se souvient de l’accueil du Métropolite Emilianos Timiadis, un des deux                             fondateurs de l’EIIR, qui l’a accueilli chez lui durant deux ans, lorsqu’il a travaillé au Conseil œcuménique des Eglises à Genève. «C’est grâce à lui que j’ai eu la meilleure introduction possible à l’orthodoxie…également ma seule expérience monastique».
La crise actuelle de l’Europe est une accumulation de plusieurs crises: économique, réfugiés, pas de politique commune étrangère et de sécurité, pas de vision pan-européenne.
Les défis sont, entre autres, le réveil des nationalismes, le fossé grandissant entre riches et pauvres, la démocratie déficiente, la montée du populisme avec son message de peur.
Quelle est la réponse des Eglises ? Bien avant la chute du mur de Berlin, elles avaient refusé cette division et mis en avant le principe d’égalité de tous. Egalement la reconnaissance de valeurs comme la justice, la liberté, la tolérance, la solidarité, la participation. Elles invitaient à une attitude positive vis à vis des membres d’autres religions et cultures. Elle soulignait l’importance des contacts personnels et du dialogue au lieu de la violence pour résoudre les conflits.
La première rencontre de Bâle entre la Conférence des Eglises européenne et les Conférences épiscopales catholiques eut lieu six semaines avant la chute du mur et a affirmé cela avec force, en 1989.

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Les rencontres de Graz en 1997 et de Sibiu en 2007 prolongèrent ce mouvement. La Charte œcuménique européenne propose une vision de l’Europe: «Sur la base de notre foi chrétienne nous travaillons pour une Europe humaine et socialementconsciente, dans laquelle prévalent les droits de l’homme et la valeur fondamentale de la paix, de la justice, de la liberté, de la tolérance, de la participation et de la solidarité».
Quelle est l’attente des politiciens? Le traité de Lisbonne s’engage à un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les Eglises et les communautés de foi et de conviction. L’Europe compte sur les Eglises!
L’Europe a besoin d’un nouveau récit. De même le mouvement œcuménique. Comment l’Eglise peut-elle donner l’exemple? Quelle contribution peuvent apporter les communautés monastiques?
Rüdiger Noll propose une nouvelle vision pour l’œcuménisme et pour l’Europe à partir d’une méditation de l’icône de la trinité. Elle est une sans division, ni confusion, ni compétition. Les trois personnes sont reliées dans une harmonie, dans l’amour. On ne sait pas exactement qui est le Père, le Fils et l’Esprit.
En Actes 2 la communauté suit ce modèle de communion. C’est en accueillant des étrangers qu’Abraham et Sarah firent l’expérience de la venue de la Trinité. Voici la promesse de la philoxenia, de l’hospitalité: accueillir le Dieu trois fois saint !
Inviter, rencontrer, visiter, partager le meilleur est la vocation de l’Eglise, mais aussi de l’Europe. Le mouvement œcuménique doit redécouvrir cette hospitalité. C’est Dieu qui invite en Christ.
C’est ce que les politiciens attendent. Et ils demandent à l’Eglise de les aider!
Rüdiger Noll croit surtout à la vertu de la rencontre. Un «Kirchentag» européen est en train d’être organisé pour 2023. On attend une centaine de milliers de personnes. Il est très intéressé par l’œcuménisme porté par le peuple de Dieu. Sa vision de l’Europe ne se limite pas à l’Union européenne, mais elle est pan-européenne. Il critique le manque de sensibilité de l’UE aux questions de l’Europe de l’Est.

2.2 Quelles valeurs pour l’Europe?

En écho à cette conférence le Métropolite Athenagoras estime que nous avons besoin d’une nouvelle vision de l’Europe: la dernière assemblée de la KEK à Novi Sad l’a affirmé. L’icône de la Trinité était bien présente. Mais il regrette que l’Eglise catholique ne participe pas à ce forum.
Mgr Philippe Kocsis, archevêque grec-catholique de Hongrie, craint qu’insister sur les valeurs conduit à perdre la foi en Christ : peut-on trouver la liberté, la paix, la justice sans le Christ? C’est d’abord le Christ que je dois donner à l’Européen. Or on perd la foi dans le Christ, également dans l’Eglise! Notre mission première est de donner le Christ.

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Mais comment communiquer notre foi à des personnes très sécularisées, se demande Rüdiger Noll? Il constate que la religion donne un centre à la vie des personnes. Comment traduire la religion dans leur langage? Certes il n’y a pas de liberté sans le Christ, mais nous devons le communiquer d’une manière accessible au monde.
Selon Sœur Catherine Rotaru, moniale de l’Eglise orthodoxe roumaine, la crise de l’Union européenne est spirituelle. Il faudrait que les valeurs chrétiennes, universelles soient introduites dans le Traité de Lisbonne, comme au commencement.

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Une longue discussion a eu lieu s’il fallait, oui ou non, introduire la mention des valeurs chrétiennes dans l’introduction au Traité de Lisbonne. La France et la Belgique le rejetaient fermement. Le risque constant du politique est d’instrumentaliser le christianisme.

2.3 A l’époque de l’Allemagne divisée

En soirée, Soeur Regina-Bernadette Luksch (petite sœur de Jésus) témoigne des restrictions pour les chrétiens sous le régime communiste en Allemagne de l’Est. Une vie à deux visages, où l’on se méfiait les uns des autres! À Berlin le mur était devenu une réalité physique pour elle.
«Ma vocation a commencé avec un contact avec les petites sœurs de Jésus. La relation avec elles était comme une goutte d’eau fraîche. Je suis alors entrée dans une communauté à Berlin-Est, alors que celle-ci était interdite. Des sœurs venaient de l’Ouest, mais celles de l’Est ne pouvaient pas sortir. Cela devenait une souffrance insupportable».
Les Eglises étaient devenues des lieux de paix et de prière. Le 4 novembre 1989 quatre millions de personnes ont manifesté dans Berlin. «Pour la première fois j’ai senti des chaînes tomber. Même les policiers étaient avec les manifestants», se souvient-elle. Le 10 novembre je me suis rendu à Berlin après la chute du mur le jour précédent. Mais elle était sûre qu’on ne la laisserait pas passer à l’ouest.
«Pour moi c’était comme l’image du chapitre deux d’Esaïe: tous ensemble se dirigent vers Sion. C’était une très forte expérience de l’exode. Mais nous savions qu’après la sortie il y aurait les 40 ans de désert. Le spectacle de la société de consommation m’a rendue physiquement malade. Je n’était pas capable de l’assumer, moi qui manquais de tout auparavant. Mais je remercie Dieu d’avoir vécu cette libération. Vivre maintenant dans une congrégation internationale me donne une grande joie. L’avenir de l’Eglise est là».

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Sœur Ruth (de la Communauté des diaconesses de Neudettelsau) se souvient que les  diaconesses de l’Ouest soutenaient les maisons diaconales de l’Est. Un jour une réunion des novices des deux Allemagnes a eu lieu. Chaque année elle se rendait à l’Est pour visiter les sœurs. Mais pour celles ci il fallait avoir au moins 65 ans pour visiter l’Ouest. Passer la frontière était une expérience pénible: plusieurs longs contrôles, avec des chiens… Il fallait changer l’argent mais on ne pouvait emporter les marks de l’Est vers l’Ouest. On savait qu’on était surveillé. Tous nos déplacements étaient surveillés. On faisait  tout pour nous montrer le bon côté des choses en nous confinant dans des hôtels.
SoeurMyriam, de la Christus Bruderschaft, se souvient de l’impression de froideur de la frontière quand elle visitait ses grands parents qui y habitaient à quelques kilomètres. Elle est devenue marraine d’un enfant de l’Est.
«Dans le train la fouille était sévère. C’était honteux. Lors du changement de régime, la communauté était très émue. Des foules de l’est ont envahi Selbitz et Hof. Le mois de novembre 1989 était très froid et les routes étaient bouchonnées avec des Trabant, où les gens, à peine habillés, grelottaient! Mais on les aidait avec une grande joie. Les familles ont ouvert leurs maisons et offert des lits. Comme des frères et sœurs. La nuit de Noel quatre sœurs ont traversé la frontière. Dans une caserne elles ont vu des soldats de l’Est et de l’Ouest en train de fraterniser autour d’une «Stollen» (un gâteau de Noël). Elles leur ont demandé si elles pouvaient changer des chants de Noël».

2.4 Détruire les murs : accueillir les migrants

Deux sœurs de la Christus Bruderschaft, Sœur Gertrude et Soeur Edith présentent l’engagement de la communauté en faveur de migrants. Au début de l’afflux des réfugiés en Allemagne, ceux-ci ont été accueillis par toutes les couches sociales. Une vraie «culture de l’accueil» a ainsi été vécue. En 2015, une enquête a indiqué que six personnes sur dix n’avaient pas peur des migrants. Une grande majorité estimait aussi qu’il est bon de les aider et de mettre en œuvre des moyens légaux pour les accueillir.
Mais accueillir des personnes gravement perturbées par la guerre ne va pas de soi. La peur a été attisée par des populistes. Entre temps, les politiques ont changé. On ne parle plus du besoin d’être protégé, du droit d’asile, mais plutôt de rapatriement. De nouveaux murs ont été érigés…également dans les têtes et les cœurs. Mais grâce à Dieu, des personnes sont toujours prêtes à s’engager en faveur des réfugiés.
Pour la Christus Bruderschaft, la question des réfugiés est devenue concrète le jour où lui a demandé d’accueillir Mariam, une irannienne qui a dû fuir son pays suite à sa conversion au christiannisme. C’était un signe de Dieu, à une époque où il n’y avait aucun réfugié à Selbitz. Le maire de la petite ville et la prieure de la communauté ont invité la population à une rencontre pour en discuter. Puis des familles ont été accueillies, ainsi que des célibataires. En tout 52 adultes et 23 enfants.
Plus tard, la communauté a décidé d’ouvrir une aile de sa maison pour trois femmes syriennes et leurs enfants. Elles ne parlaient que l’arabe! Comment se faire comprendre? Il a fallu mettre en place toute une organisation pour les aider dans les tâches quotidiennes. A travers Mariam, un jeune afghan est venu à la foi et a été baptisé le jour de Noël 2015. Contre toute attente, il a été accepté comme réfugié par les autorités. Il travaille aujourd’hui dans la cuisine de la Communauté. Un bel exemple d’intégration! Son esprit serviable est apprécié par tous.
Qu’ont appris les sœurs au contact des réfugiés? Leur sens de l’hospitalité, une autre manière de vivre la ponctualité, la gratitude de vivre dans un pays en paix, une compréhension plus différenciée de l’Islam, un apprentissage concret d’une prière pour la paix et la justice, prendre position contre des préjugés,  se faire de nouveaux amis qui élargissent l’horizon, collaborer avec des réseaux qui ont les mêmes buts.
«Seul celui qui défend les juifs peut entonner un chant grégorien avec moi», affirmait Dietrich Bonhoeffer.Ce qu’il disait des juifs pendant la guerre, peut s’appliquer aux réfugiés aujourd’hui !
Après cet intense exposée, le Métropolite Athénagoras informe qu’avant hier, à Bari, le Pape François a invitée Patriarche Oecuménique Bartholomée et les primats des Eglises du Moyen Orient à prier avec lui pour cette partie du monde, où les chrétiens ne cessent d’émigrer. Il souligne le caractère exemplaire de l’engagement des sœurs de Selbitz. Nous avons à accueillir non seulement les chrétiens, mais aussi les non-chrétiens. On risque un nouveau rideau de fer quand des pays européens refusent les étrangers.
A Novi Sad, l’Assemblée Générale de la Conférence des Eglises en Europe – à laquelle Mgr Athenagoras vient de participer –  a pris position à ce sujet. L’archevêque anglican Justin Welby a parlé du devoir de l’hospitalité. Dans l’Evangile on a tant d’exemples: le bon samaritain qui n’a pas fait de distinction et surtout le Christ qui a été à la rencontre de tous.

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Mgr Philippe Kocsis parle des nouvelles barrières en Europe. La situation de son pays est compliquée. L’année dernière il a visité des Eglises au Moyen Orient. Leurs dirigeants lui ont dit que la tâche de l’Europe n’est pas d’intégrer les réfugiés mais de les aider à retourner au Moyen Orient. Le souci de l’Eglise du Moyen Orient est de ne pas perdre les chrétiens qui émigrent. Bien sûr, la tâche de chaque chrétien est d’accueillir l’étranger, mais il faut aussi réfléchir sur les causes de cette émigration. Il faut plutôt aider les personnes chez elles. C’est ce que fait le gouvernement hongrois qui a construit des écoles en Syrie et en Irak.
Sœur Christine Marie pense que nous sommes dans un «temps de guerre» à cause des réfugiés. Or que fait-on dans une guerre ?…soit on collabore, soit on résiste. Contre la déshumanisation, nous avons à opposer une résistance de miséricorde. Elle donne quelques exemples de cette résistance.

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2.5 Le message de la justification par la foi dans une société sécularisée et indifférente.

Le Pasteur Jean-François Breyne, membre du Conseil national de l’Eglise Protestante Unie de France, se demande si notre situation de sécularisation est                                                                                                                   une défaite ou une chance? Plutôt une chance! L’orateur n’est pas de ceux qui appellent à une rechristianisation de l’Europe. Mais le second piège est celui de la tour d’ivoire.
Rappeler le oui profond que Dieu dit au monde, voici le message de la justification: Sola gratia! Soyons des veilleurs pour dire qu’un autre regard sur le monde est possible! Personne ne peut être réduit à ses échecs et ses errances : tel est pour lui le message central de l’Evangile.
Il ne s’agit pas d’imposer, mais de proposer et d’exposer nos convictions, dans la rencontre avec les convictions d’autrui. En un mot, être des témoins dans une laïcité ouverte.

Notre société actuelle
Nous vivons dans un monde, non pas indifférent, mais saturé d’informations: le déluge médiatique.
Notre société est aussi hyper émotive et réactive. Elle est fascinée par le spectacle de la violence, alors que celle-ci est en baisse depuis 50 ans. Le problème est la dominance du sensationnel et de l’émotionnel, et de la saturation du sens qui en découle. Notre temps présent est marqué par l’accélération du réel. La société est très consciente sur ses moyens, mais parfaitement aveugle sur ses buts.

Comment proposer le message central?
La question de la justification par la foi est-elle encore d’actualité? Un slogan pourrait la résumer pour aujourd’hui: «Pas à vendre»! Le salut, l’homme et la création ne sont pas à vendre. C’est sous ce thème que la Fédération luthérienne mondiale a placé la commémoration des 500 ans de la Réforme.

Le Pasteur Jean-François Breyne propose sept thèses:
1. Nous avons à transmettre ce message de l’Evangile ensemble, de manière œcuménique. Egalement en reconnaissant l’image de Dieu en chaque être humain. Ensemble avec et non contre le monde.
2. Conviction et tolérancene s’excluent pas. La vraie tolérance ne peut se vivre qu’entre personnes de conviction
3. Ne laissons pas l’éthiquenous dresser les uns contre les autres! L’éthique, c’est apprendre à se comporter les uns avec les autres pour être en relation avec toujours plus de profondeur.
4. Répondre dans l’humilité d’une rencontreconcrète, où chacun est reconnu et écouté. Nous ne sommes que la somme de nos rencontres. Croire aux vertus de la rencontre interpersonnelle. Redécouvrir la force des petites communautés.
5. Le jeûne et la prière. Le jeûne de la consommation médiatique… pour tous, aussi pour les religieux! Gardons-nous de l’illusion médiatique: soyons présents pour être témoins…non pour exister! «La prière sauvera l’Eglise. Prier c’est exister devant Dieu et se déclarer accessible à lui … c’est ce oui à Dieu qui l’autorise à me transformer» (Daniel Marguerat). Nous avons besoin des communautés de silence.
6. La Parole. Nos prédications et études bibliques doivent être renouvelées. Apprendre à dire les choses avec simplicité, sans simplification. La clé herméneutique c’est le Christ. La parole aussi avec p minuscule : apprendre l’art de la «disputatio» au sens noble, que la différence peut nous enrichir
7. Le Symbole. Le drame de nos sociétés est qu’elles sont désymbolisées. L’Eglise doit proposer des symboles pour désigner autrement le Christ.

L’agapè est le bois du piquet dans lequel sont taillés tous les autres. Réinvestir le mot de charité. Réinventer de nouvelles confréries, micro-communautés de charité, laboratoire d’une autre sociabilité possible, afin de réapprendre la bienveillance.

III. NOUVELLES

3.1 Eglise protestante unie de France

Jean-François Breyne a présenté l’Eglise protestante unie de France, née de la fusion en 2012 entre l’Eglise réformée de France et l’Eglise luthérienne. Le protestantisme est une minorité de 3% en France et le luthéranisme une minorité dans la minorité (10% du protestantisme).
Ses précédents sont la Communion permanente Luthéro-réformée et la Concorde de Leuenberg qui reconnaissent une pleine «communion de chaire et d’autel». En 2007 les deux Eglises convoquent leurs deux synodes dans une même salle. Les séances communes parlent de l’union qui est alors décidée. En 2013 a eu lieu le premier synode.
Que signifie «unie»? une seule structure administrative et une seule commission des ministères. Mais chaque paroisse conserve sa liturgie.
Deux choses lui semblent importantes: certaines controverses doctrinales de la Réforme étaient devenues caduques. Et union ne signifie pas uniformité: il y aura diversité de liturgies. Enfin il faut laisser le temps au temps…parfois cela va plus vite  qu’on le pensait.

3.2 Communauté du Chemin Neuf

Quatre nouvelles œcuméniques sont données par Sœur Kinga Lakatos et Frère Gabriel Muller, de la Communauté du Chemin Neuf (CNN).
D’abord la chaire de théologie œcuménique au Centre Sèvres, à Paris. «Nous avons besoin les uns les autres pour avancer ensemble vers la vérité tout entière», dit Anne-Cathy Graber, membre de la CCN.

Une initiative pour les jeunes dans les pays germanophones: «Manifeste Mission. 10 thèses pour le comeback de l’Eglise». L’Eglise catholique doit devenir davantage missionnaire: d’abord aller vers les personnes et annoncer Jésus… et non un humanitarisme. Les Eglises libres qui osent le faire sont une inspiration pour l’Eglise catholique. Sortir et retrouver la joie de l’Evangile, comme le dit le Pape François.
En Suisse le Salesianum, autrefois un séminaire, est devenu un centre pour étudiants géré par la CNN. Un dialogue avec l’Institut d’études œcuménique de Fribourg a été noué. Une chapelle avec une iconostase peinte par un roumain a été ouverte.
Pour répondre à l’attente des jeunes, la CNN a participé à un rassemblement de 350 jeunes pour préparer le prochain synode sur la jeunesse.

3.3 Ukraine

Taras Dmytryk parle de la situation complexe de l’Ukraine. Il y a trois dangers en Ukraine : la guerre, le populisme et la corruption. Et un grand défi: deux millions de réfugiés internes qui perturbent la vie du pays. La réconciliation, comment la vivre en Ukraine? Elle n’est pas possible pour le moment!  Les bombardements ont continué ces jours…
La question de la division de l’Eglise orthodoxe en Ukraine est lancinante: comment réunir les trois Eglises divisées? On s’est adressé au patriarche Bartholomée pour les aider à progresser vers l’autocéphalie, car l’Eglise de Constantinople est l’Eglise Mère. Les Eglises s’accordent sur le fait qu’il faut restaurer son unité, même celle qui est reliée au patriarcat de Moscou. «Ce processus demande patience, silence et prière. Il faudrait un miracle pour que l’Eglise russe accepte cette unification».
Taras présente ensuite l’Institut d’études œcuméniques de Lviv, fondé par Antoine Arjakovsky en 2005. Son colloque a été consacré, cette année, aux familles interconfessionnelles, nombreuses en Ukraine.

3.4 «Jésus célébration 2033»

Le Pasteur suisse Martin Hoegger partage la vision de «Jésus Célébration 2033» d’inviter toutes les Eglises et les mouvements à célébrer ensemble le Christ ressuscité à l’occasion des 2000 ans de sa résurrection, en 2033. Le 17 avril 2033 (ou 24 avril dans l’Eglise orthodoxe) est une date symbolique pour toute la chrétienté, même s’il est fort probable que le Christ soit mort et ressuscité à une autre date. Mais c’est la date traditionnelle.

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En 1933 et en 1983, l’Eglise catholique a en effet célébré une année jubilaire. Sera-t-il possible de célébrer un jubilé œcuménique en 2033 ? Pour sensibiliser les responsables des Eglises, une petite équipe a pris son bâton de pèlerin et visite les responsables des Eglises, ainsi que les communautés et les mouvements d’Eglises.
Un site internet en douze langues donne des nouvelles de ce projet :  https://www.jc2033.world

 

IV. VIE DE PRIERE ET LITURGIQUE

Le Pasteur Martin Hoegger a animé quatre lectio divine participatives sur l’Evangile de Marc, au moyen d’un livret de l’Ecole de la Parole en Suisse romande: «Au milieu du monde». Chaque texte a été mis en lien avec un aspect de la vie de Nicolas de Flue, ce grand saint suisse dont on a commémoré le 600eanniversaire de sa naissance en 2017. (voir : lectio divina)
Le célèbre tableau de la roue sur lequel frère Nicolas méditait pour «vivre à partir du centre» a accompagné ces moments. Le centre à partir duquel frère Nicolas a vécu est le visage de l’amour de l’amour de Dieu révélé par Jésus-Christ.
C’est lui qui unifie notre vie en nous réconciliant avec Dieu et en nous introduisant dans la communion trinitaire. C’est lui aussi qui nous ouvre à nos prochains pour vivre le pardon, la fraternité et l’entraide. Une profonde communion a été vécue entre nous à travers ces temps d’écoute, de silence, de partage et de prière. Elle a approfondi notre aspiration à une pleine communion eucharistique.
Nous avons participé aux offices matinaux de la communauté de Selbitz et aux liturgies de nos Eglises sans recevoir le sacrement. Le samedi, une eucharistie fut célébrée dans l’Eglise catholique de Selbitz. Le dimanche, une liturgie orthodoxe présidée par l’Archevêque Job nous a rassemblé dans la chapelle de la Communauté de Selbitz. Et le lendemain une sainte cène protestante, dans le même lieu. Célébration conclue par une vibrante intercession les uns pour les autres, pour nos Eglises et communautés et pour ce monde que Dieu aime.

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ENVOI

En guise d’envoi, laissons la parole au Métropolite Athénagoras, le président de l’EIIR qui a annoncé qu’il se retirait du comité après plus de 20 ans d’engagement:
«Nous avons reçu un accueil merveilleux par la communauté de Selbitz. Le lieu est magnifique. Il y a eu une harmonie entre les conférences, la lectio divina, la prière, le partage. Je suis heureux de voir davantage de participants protestants, ainsi que des jeunes. Que la prochaine fois, nous venions, chacun, avec un jeune, sinon l’œcuménisme devient un club que d’anciens! L’harmonie n’était  pas seulement dans le programme, mais aussi dans nos relations les uns avec les autres. Tout était en harmonie comme nous l’avons vu dans le symbole de la roue et dans l’icône de la Trinité. Gloire à son nom et merci à tous»!

IMG-5327La prochaine rencontre de l’EIIR aura lieu en juillet 2020, dans un lieu à déterminer en Suisse. Pour les 50 ans de l’EIIR, une journée sera vécue dans la communauté de Grandchamp où a eu lieu la première rencontre.

Compte-rendu par Martin Hoeggermartinhoegger@bluewin.ch

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