LA 36e RENCONTRE EIIR A TALLINN EN ESTONIE – JUILLET 2016

 

EIIR_2016_02

 

36° RENCONTRE DE L’E.I.I.R. NELIJÄRVE – TALLINN (Estonie)
5-10 juillet 2016

Compte-rendu, par le Pasteur Martin Hoëgger

 


OUVERTURE OFFICIELLE DE LA RENCONTRE

Mgr Athénagoras, Président de l’E.I.I.R.

«L’enseignement du Christ peut se résumer en deux sentences : Glorifie le Seigneur et aime ton prochain! C’est humblement que nous devons prier. Cela nécessite de nombreux combats. Dans ses Béatitudes le Christ renverse toutes les idées de bonheur qu’on cherche dans le pouvoir et la richesse». C’est avec ces paroles que le Président de l’E.I.I.R., Mgr Athenagoras (orthodoxe, Métropolite de Belgique et Exarque des Pays-Bas et du Luxembourg, Patriarcat œcuménique), a ouvert cette rencontre sur le thème de la Béatitude «Heureux les miséricordieux».

Nous sommes à Nelijärve, au bord d’un lac, au milieu d’une forêt (où rodent loups et ours !) dans un Centre de vacances près d’Aegviidu, à 40 km de la capitale Tallinn. Un lieu splendide qui témoigne de la grandeur de la création de Dieu et rappelle l’importance du silence et de la vie intérieure.

Trois messages sont lus : celui du Secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, Martin Junge. Il dit, entre autres, que la célébration du 500e anniversaire de la Réforme se fera de manière œcuménique. Puis celui du Cardinal Kurt Koch, Président du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens : « Le dialogue œcuménique n’est pas seulement un échange d’idées, mais aussi un échange d’expériences spirituelles ». Dans son message le Patriarche Bartholoméos relie la miséricorde de Dieu et le témoignage : « Un aspect essentiel de la Vie religieuse – aussi bien dans la communauté d’un monastère qu’au cœur de la société – est la révélation de Dieu dans le monde. Dieu est reflété par la miséricorde (…). Elle est l’expérience personnelle et l’expression concrète de l’amour de Dieu».

Cette rencontre a lieu suite à une invitation du Métropolite Stephanos de Tallinn et de toute l’Estonie: «Elle a été reçue avec beaucoup de joie par le Conseil des Eglises chrétiennes d’Estonie, dit-il. Chaque fois que nous accueillons un groupe œcuménique, et c’est très rare en Estonie, nous sentons que nous faisons partie du Corps du Christ. Votre présence est un témoignage très fort pour la vie œcuménique de notre pays. Nous avons besoin de votre recherche de l’unité dans l’Esprit–Saint».

Durant le premier office des vêpres, cette belle prière à la Trinité nous rappelle que nous sommes ici pour prier pour l’Unité visible des chrétiens:

Trinité Sainte, Père, Fils et Esprit Saint, Lumière au triple rayonnement, Tu nous révèles combien ton Unité est communion et amour dans le partage d’une riche diversité. Aide nos Eglises à cheminer vers la réconciliation en contemplant, ensemble, Ta vie Trinitaire, en se laissant transfigurer par son rayonnement miséricordieux. Toi qui habites dans nos cœurs comme une semence d’Unité, pour les siècles des siècles. Amen

 

IMG_5472.JPG

 

LA SPIRITUALITE DES BEATITUDES

 

Pasteur Christian Tanon

Le Pasteur réformé français Christian Tanon, de La Fraternité des Veilleurs prononce la première conférence sur l’esprit des Béatitudes. Celles-ci sont au cœur de la spiritualité des Veilleurs, un tiers ordre protestant fondé il y a bientôt 100 ans par le pasteur Wilfred Monod. Elle se résume en trois mots : joie, simplicité et miséricorde. Sous l’impulsion du Pasteur Daniel Bourguet un nouvel élan se vit depuis 1990. Les Veilleurs comptent aujourd’hui 450 membres et autant de sympathisants.

Le Veilleur participe activement à la vie de la communauté locale et y renouvelle la vie de prière. Il s’exerce à maintenir le silence intérieur et est d’abord veilleur de son âme. Il veille sur soi-même et sur ses propres pensées : « Garde ton cœur, car c’est de lui que jaillit la vie »! (Proverbes 5). La Règle comporte trois engagements : a) trois moments de prière par jour, b) consacrer le vendredi par un hommage au Crucifié en se plaçant devant la croix pour méditer le don total de Dieu, c) participer au culte de sa communauté locale.

La JOIE est un don de Dieu : « Heureux ces serviteurs qui veillent ! » (Luc 12). Secrète et profonde, même dans les circonstances difficiles, la joie a ses racines en Dieu. Là où est l’Esprit de Dieu, là est la joie.

La SIMPLICITÉ a deux aspects : sobriété et relation à l’autre considéré comme un frère, une sœur en Christ. Elle s’oppose à la duplicité : « Que ton oui soit oui ! » Pour cela il faut l’aide de l’Esprit-Saint. Elle recherche l’unité intérieure. Son corollaire est l’humilité. Le petit enfant est simple car il place sa confiance dans ses parents (Mat 18). « Garde-nous tout petits devant ta face » : ce chant reflète l’état d’esprit du Veilleur.

 

IMG_4987.JPG

 

La MISÉRICORDE comprend le pardon et la compassion. Dieu fait parfaitement miséricorde. Jésus a touché le lépreux, marché avec nous. Sa miséricorde est pleine de tendresse et de tact. Il la donne sans être intrusif. Avec lui nous sommes à l’école de la compassion de proximité. Il n’a pas cessé d’aimer même ceux qui le renient ou le trahissent. Il faut sans cesse se remettre à son école. Il n’y a pas de miséricorde sans justice. Il faut beaucoup de temps pour vivre le pardon. Il est essentiel d’insister sur la nécessité du temps pour vivre un pardon. Ne pas aller plus vite que Dieu.

Ces trois vertus vont à contre-courant de l’esprit du monde. Il y a une circularité entre elles et elles produisent la lumière quand on les vit (cf. Esaïe 58).

Les BÉATITUDES sont le Credo des Veilleurs. Seul Jésus peut vraiment les dire et il les a toutes vécues. Les dire chaque jour, c’est se rapprocher de Lui. Elles sont un programme de toute une vie. D’autres communautés protestantes chantent chaque jour les Béatitudes: Taizé, Grandchamp, Pomeyrol, les Diaconesses de Reuilly et de Strasbourg.

Les mendiants de l’Esprit font descendre une pluie de grâce.

Les affligés font avancer le Royaume, de manière mystérieuse. La souffrance n’est pas un bien, mais Dieu veut en faire un bien.

La douceur : quoi de moins naturel en nous ? Devant la douceur on est attiré. Les violents n’héritent rien, sinon ce que le monde offre.

La soif de justice met en marche. La soif la plus douloureuse, celle de Jésus, fut aussi la plus féconde.

La Miséricorde rappelle que le non pardon est l’obstacle majeur à l’avance du Royaume. Il est le trophée du Malin. Mais chaque pardon donné est une victoire.

Les cœurs purs. Comment discerner le Royaume au milieu de tant de voix dissonantes? Nous avons besoin de la prière des cœurs purs, qui ne détournent pas la lumière divine.

 

Les artisans de paix ne se contentent pas d’enterrer la hache de discorde. Ils suivent Jésus, le Prince de la paix.

Les persécutés récapitulent tous les fruits de l’Esprit. Leur témoignage fait avancer le Royaume de Dieu à grand pas.

 

IMG_5407

 

BIENVENUE EN ESTONIE

Mgr Stéphanos, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie

Mgr Stephanos commence par dire que la langue estonienne est d’origine fino-hongroise. Elle a su garder son identité alors que l’Estonie a vécu plusieurs occupations (Allemagne, Danemark, Suède, Russie) qui menaçaient son identité.

Au16e siècle l’Eglise catholique d’Estonie passa à la Réforme luthérienne. En 1721 l’Estonie tomba sous domination russe. La présence orthodoxe devint alors plus forte, mais avec la tentation de russifier le pays.

La deuxième guerre mondiale a été terrible. L’Estonie a été ravagée et a perdu son indépendance. Le joug communiste a duré 47 ans. Le régime communiste instrumentalisa l’Eglise orthodoxe russe pour parvenir à des fins politiques. De manière anti-canonique il plaça l’Estonie sous la juridiction du Patriarcat de Moscou, ce qui ne fut jamais accepté. Le 9 mars 1945, le Saint-Synode russe décida la dissolution de l’Eglise orthodoxe d’Estonie. Le patriarcat de Constantinople n’a jamais accepté cela et a rétabli cette Eglise en 1996.

Mgr Stephanos espère de tout son cœur que le Patriarcat de Constantinople, en communion avec celui de Moscou, finira par trouver une solution satisfaisante pour rassembler en une seule les deux juridictions de l’Eglise orthodoxe en Estonie. Le Concile orthodoxe qui vient d’avoir lieu a appelé à cela.

L’Eglise orthodoxe d’Estonie a quelque chose à dire à toute l’Eglise orthodoxe car elle est minoritaire, comme l’Eglise orthodoxe de Finlande. Elles ont la capacité de dialoguer avec la culture occidentale et avec le protestantisme luthérien en particulier, car elles ont vécu en tant que minorité dans de grands empires.

Pour en savoir plus: http://www.orthodoxa.org/FR/accueil_FR.htm et en particulier l’article de Mgr Stephanos «Une si petite Eglise dans la grande Europe».

 

IMG_5142.JPG

 

LE VECU CHRETIEN DANS LES PAYS BALTES

Table ronde

1) Mgr Urmas Viilma, archevêque luthérien d’Estonie

Mgr Urmas Viilma, archevêque luthérien d’Estonie partage l’expérience de l’Eglise dans les Pays baltes. Bien que les pays soient très proches, il y a plus de différences que de similarités historiques.

L’Estonie et la Lettonie ont été christianisées ensemble au 11e siècle, alors que la Lituanie l’a été au 14e. Celle-ci échappa à la russification du 18e siècle. La Lituanie est largement catholique. En Lettonie, il y a quatre groupes: luthériens (légèrement majoritaires), catholiques, orthodoxes, et les sans religion. En Estonie, l’Eglise orthodoxe rassemble 16% de la population et les luthériens 10%. Les non-religieux sont largement majoritaires: plus de 70%.

 

Un signe positif est la bonne collaboration œcuménique en Estonie. Les chrétiens sont une minorité, un tiers de la population. Ils n’ont pas le temps et le besoin de se battre entre eux. Les Eglises doivent parler d’une seule voix dans la société. Chaque mois, les responsables des dix Eglises membres du Conseil des Eglises chrétiennes se rencontrent, depuis 1991. Les jeunes ont aussi leur Conseil.

 

img_5008.jpg

 

L’Eglise luthérienne couvre tout le territoire avec 161 paroisses. Elle est considérée comme l’Eglise historique. Par exemple le jour de l’indépendance est célébré dans une église luthérienne. Mais les autres Eglises sont invitées. Mgr Urmas Viilma conclut par ces paroles fortes.

«Le monde moderne attend que le point focal de chaque changement soient les besoins, les désirs et les droits des personnes. Les Ecritures, cependant, enseignent que le point focal de chaque changement doit être le Christ. Si le point focal de l’action et de la proclamation de l’Eglise n’est plus le Christ, alors nous ne sommes plus l’Eglise du Christ».

«L’année dernière, dans le cadre du Conseil des Eglises d’Estonie, nous avons célébré de manière oecuménique les 800 ans de la consécration de l’Estonie à la Vierge Marie. Nous allons aussi commémorer ensemble les 500 ans de la Réforme. J’ai été invité à participer à la rencontre avec le Pape François à Lund, le 31 octobre prochain, en compagnie de mon frère évêque catholique».

2) Sœur Helvi Pulla, Diaconesse de Reuilly, Finlande

Sœur Helvi Pulla, Diaconesse de Reuilly d’origine finnoise, témoigne de la vie de l’Eglise luthérienne. Contrairement à l’Eglise luthérienne de Lettonie, celle d’Estonie ordonne les femmes. Plus de 20% des pasteurs sont des femmes. Plusieurs paroisses sont jumelées avec des paroisses de Finlande avec beaucoup de visites.

L’estonien chante beaucoup dans de nombreuses chorales. Un festival de musique à Tallin avec 30.000 chanteurs a lieu tous les 3 ans ! Le mouvement des frères de Hernhut est bien développé en Estonie.

 

IMG_5014.JPG

 

3) Père Mattias Palli, orthodoxe, Estonie

Père Mattias Palli, de Tallinn, parle du diocèse orthodoxe. Un diocèse en croissance avec beaucoup d’activités. La collaboration œcuménique est bonne. L’Eglise orthodoxe a trois évêques, 36 prêtres, 8 diacres avec 62 paroisses. Une partie parle estonien, l’autre russe. Certains sont de nouveaux convertis après la chute du régime communiste. Il y a deux monastères sous la juridiction du Patriarcat de Moscou. Un Institut théologique vient d’ouvrir ses portes avec une Ecole théologique complète en collaboration avec l’Eglise luthérienne. Le diplôme, un master, est reconnu par l’Etat.

 

L’Eglise orthodoxe d’Estonie a un caractère unique : elle est un lien entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud. Elle est enracinée dans un mouvement de conversion populaire.

« Tous les intervenants ont montré le désir des Eglises de construire ensemble. La quantité n’est pas déterminante mais ce qui est important est le cœur, le désir de communion. Plus il y a d’échanges vrais, de rencontres personnelles, plus l’Eglise grandit», conclut l’Archimandrite Syméon, le modérateur de cette table ronde.

 

IMG_3582.jpg

 

ECHOS DU CONCILE PAN-ORTHODOXE

Mgr Stéphanos, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie

(Echange libre avec l’assemblée)

Mgr Stephanos parle avec beaucoup d’enthousiasme de sa participation au Concile orthodoxe qui vient d’avoir lieu en Crête: «L’Esprit-Saint était là. Il nous a conduits. On a eu des moments très difficiles, en particulier sur le thème des relations œcuméniques. Cela a failli faire sauter le Concile. On est sorti sur les rotules ! C’était d’une telle puissance, intensité et spontanéité. On ne peut pas sortir ses tripes sans l’Esprit. J’ai senti deux fois dans ma vie cette puissance de l’Esprit. Une première fois en ordonnant un prêtre. La deuxième fois à ce Concile».

Quel est le principal acquis? «L’Eglise orthodoxe a montré qu’elle est une Eglise qui prend à bras le corps les problèmes actuels». Un autre acquis est celui de l’unité de l’Eglise orthodoxe : « Nous ne sommes pas une Fédération de 14 Eglises mais une seule Eglise. Tous les Primats ont célébré ensemble la liturgie. Notre plaie est l’ethnophilétisme et aussi pour une certaine part le principe de l’autocéphalie, telle qu’elle est pratiquée de nos jours par telle ou telle de nos Eglises.

Quelle est la décision qui l’a le plus réjoui? «J’ai connu les pires angoisses, mais aussi une grande joie sur le thème des relations avec les autres Eglises. Tout a tourné autour de la question : est-ce que ces autres Eglises sont de vraies Eglises ? Pour certains, seule l’Eglise orthodoxe peut porter le titre d’Eglise. Ce fut le cas de cet évêque qui pendant tout un jour, à chacune de ses interventions, n’a pas démordu de cette idée. Une joute stérile avec la majorité des Pères conciliaires présents !… Heureusement que l’Archevêque de Chypre et quelques autres évêques ont soutenu et proposé une autre vision des choses avec pour conséquence de faire fléchir positivement l’Archevêque d’Athènes et son groupe. Je me souviens encore de l’intervention du Patriarche d’Alexandrie qui disait ceci : lorsque je sors de chez moi et que je rencontre mon ami l’évêque copte, comment ne pas voir en lui un frère alors que ni lui ni moi ne savons si, à la fin de la journée et après avoir vaqué à nos affaires, nous serons à même de revenir sains et saufs chez nous!»

Un Concile aura-t-il lieu tous les dix ans? Cela n’a pas été décidé, mais proposé. Il faut laisser décanter maintenant. Un tel événement demande un investissement énorme. Comment la réception du Concile se fera-t-elle ? Voilà la question importante. Le Concile est la fin d’une époque et le commencement d’une génération nouvelle. Il faut maintenant assainir la situation avant d’en convoquer un autre. L’Eglise orthodoxe ne doit pas changer sa foi, mais la vivre autrement.

Le Patriarche Bartholomeos a mis sur le tapis la question des empêchements au mariage. Aujourd’hui, selon la discipline de l’Eglise orthodoxe, un prêtre qui perd sa femme ne peut pas se remarier. Le Patriarche a remis cela en question. Un geste d’ouverture fort, selon Mgr Stephanos ! Le scandale de la richesse des palais épiscopaux a été aussi discuté!

«Le but du Concile était de manifester l’unité de l’orthodoxie : nous sommes une seule et même Eglise. C’est pourquoi les thèmes choisis n’étaient pas provocateurs. Le Concile a réussi, tout le monde est reparti avec la conviction que nous avons fait ce que Dieu voulait. Et c’est une grande joie», ajoute le Métropolite.

Une question qui a agité la presse est l’absence de l’Eglise orthodoxe russe au Concile. Mgr Stephanos rappelle que le projet d’un Concile a commencé il y a 100 ans. Le Patriarche Athénagoras a lancé sa préparation en 1961. Au début on avait répertorié cent questions. On en a retenu dix. En 2014 tous les Patriarches se réunissent. On se met d’accord sur la date et le lieu. Six questions sont finalement retenues qui ont toutes une dimension pastorale. Les textes ont été étudiés par les 14 Eglises.

En janvier 2016 ces Eglises étaient d’accord pour y participer, mais 10 jours avant son commencement, l’Eglise orthodoxe russe s’est retirée, ainsi que trois autres Eglises. « Je suis sévère avec les russes, mais ils le méritent, dit Mgr Stephanos. Que l’Europe occidentale arrête de voir l’orthodoxie à travers l’Eglise orthodoxe russe. Tout le peuple de Crête s’est mis au service du Concile, et à la dernière minute, Moscou veut l’arrêter. Comment peut-on se permettre d’agir comme si les autres n’existaient pas? Mgr Daniel de Roumanie a eu raison de dire: «Quand on commence un jeu, on ne change pas les règles du jeu en cours de route».

Le Patriarcat de Moscou est une des 14 Eglises orthodoxes. Il n’a pas de supériorité. On dit que l’Eglise orthodoxe russe compte 140 millions de fidèles mais combien sont-ils pratiquants ? Ce qui compte est la qualité de la voix de l’Eglise ; chaque Eglise a une voix. Ce qui se passe entre Moscou et Constantinople est la rivalité de la troisième Rome. Or cette thématique a été condamnée par Moscou même au 18e siècle. Les prétentions de pouvoir ne doivent pas exister dans l’Eglise.

Et Mgr Stephanos de conclure: «Dieu travaille. L’homme soupire, Dieu transpire. C’est Lui qui dira le dernier mot. Il travaille aussi dans le cœur de ceux qui ont refusé de participer au Concile. Il veut transfigurer ce que le péché de l’homme a défiguré».

 

IMG_5021.JPG

 

LA MISERICORDE DANS LA VIE MONASTIQUE

Témoignage de l’Archimandrite Syméon
Higoumène du Monastère Saint Silouane, près du Mans (France)

«Jeune moine je pensais que je devais être le mieux possible pour rencontrer Dieu. Je luttais avec un certain orgueil. Je considérais que je devais le faire pour être accueilli par lui. Mais un jour Dieu décida de me convertir ! Un prêtre est venu au monastère et nous a raconté ce qu’il vivait. C’était il y a 50 ans. Il visitait les marginaux et les rejetés. Il allait voir les condamnés à mort et leur disait qu’ils étaient aimés de Dieu. Aux prostituées il disait également cela en leur affirmant qu’elles seraient les premières à entrer dans le Royaume de Dieu.

J’ai alors compris que Dieu m’aimait tel que j’étais, avec mes chutes et mes faiblesses. Il y a eu un retournement dans ma vie monastique, grâce à ces paroles. Ma vie a alors changé. A partir de ce moment, j’étais quelqu’un d’autre. Je vivais autrement ma vie quotidienne. Jusqu’à la fin de ma vie, cette grâce de la miséricorde sera la clé de ma vie. Et je dirais de la vie chrétienne tout court. Le Seigneur sur la croix a étendu ses bras et nous aime tous, nous embrasse. C’était une sorte de révolution spirituelle, et cela le reste encore.

 

Cette expérience a donné le vrai sens de ma vie. Lorsque Jésus dit: «Venez à moi vous tous qui peinez et je vous soulagerai», il le dit à tous, pas seulement aux chrétiens. Si nous avons reçu sa grâce, nous l’avons reçue pour l’humanité tout entière. Dans la prière de Jésus, «Seigneur Jésus, fils de Dieu ai pitié de moi», je mets dans ce «moi» toute l’humanité. L’essentiel est de vivre sa miséricorde, d’en être l’icône. Ma responsabilité est de vivre ce que j’ai reçu. Il n’y a pas de condition pour vivre la miséricorde de Dieu, sinon de l’accepter.

Cette expérience a eu une résonnance dans ma vie. Je vis avec 13 frères et sœurs, de plusieurs nationalités, jeunes et vieux. Tous ont une personnalité unique. Mon travail, mon service de père spirituel est d’abord de les aimer comme ils sont et de leur apprendre à s’aimer mutuellement. L’ascèse la plus difficile est de vivre ensemble, avec des caractères tellement différents. Apprendre à vivre la miséricorde dans l’expérience de la rencontre avec l’autre. « Aimez-vous les uns et les autres, comme je vous ai aimés », c’est le centre de l’Evangile. Les « autres » sont ceux qui sont différents de moi. Si je n’ai pas expérimenté ce qu’est la miséricorde de Dieu, c’est difficile d’aimer les autres.

Le premier homme qui est venu au monastère avait commis un meurtre. Le juge m’avait demandé de l’accueillir. Il a vécu avec nous puis il a été en prison. Quand je le visitais, le gardien m’a dit combien ce prisonnier était lumineux. Il a été condamné seulement à 5 ans. Il s’est marié et on a baptisé son enfant. Je suis resté en contact avec lui.

Trois femmes nous ont été confiées, elles voulaient sortir de la prostitution. Elles vivaient dans la peur des souteneurs qui voulaient les tuer. On ne leur a jamais demandé quoi que ce soit sur leur vie passée. On les a aidées à se réinsérer et elles ont trouvé des formations.

La miséricorde que Dieu nous offre, nous en avons la responsabilité pour l’autre, pour celui qui vient frapper à notre porte. C’est banal. Ce qui l’est moins est que Dieu a réussi à me changer après m’avoir dit qu’il m’aimait comme j’étais. Et il a encore du travail…! »

 

EIIR_2016_03.jpg

 

«J’ETAIS ETRANGER ET VOUS M’AVEZ ACCUEILLI»

Table ronde
1) Père Firas A Khider, Rogationiste du Cœur de Jésus

Le Père Firas A Khider est irakien et vient d’être ordonné prêtre. Il nous parle du drame de son peuple. Il y avait 1,4 million de chrétiens en Irak… 260.000 aujourd’hui. De nombreux martyrs et parmi eux des ecclésiastiques de diverses confessions. Aucune miséricorde n’est manifestée de la part du soi-disant Etat islamique. C’est une période comparable à celle du génocide arménien et syriaque par les turcs en 1915 !

J’étais étranger et vous m’avez accueilli. Le peuple irakien vit un exode de plus de 4,2 millions de réfugiés hors de l’Irak, toutes religions confondues. Où loger toutes ces personnes ? Dans une chambre il y avait plus de 50 personnes. La fuite était si inattendue qu’on ne savait pas où les mettre. Ils se réfugiaient dans les églises.

On a dit que les chrétiens se mettaient du côté du pouvoir dictatorial. N’y a-t-il pas quelque chose à repenser dans leur attitude ? Mais il faut voir que les chrétiens ne s’engagent pas en politique. Ils sont bien vus car ils sont pacifiques et loyaux. Ils mènent une vie simple et ont ouvert leurs maisons à tous lors de la première guerre du Golfe en 1991.

Le Frère Firas a lui-même vécu une tentative d’enlèvement de la part d’extrémistes : « Je n’ai pas peur, car j’appartiens au Christ. Je n’enlève pas mon col romain. Si le Christ est avec nous, qui sera contre nous ? Les prêtres et les religieux n’enlèvent pas leur habit. Notre gloire est le Christ, il est notre espoir et notre salut… »

Il nous partage aussi ses convictions œcuméniques : « Je respecte les responsables des Eglises. Mais souvent ils ne pensent qu’aux fidèles de leur propre Eglise. Nous sommes Eglise ensemble. L’Eglise se sont les chrétiens tous ensemble. Leur vie doit être protégée, elle est un don de Dieu ».

Firas cite la dernière Béatitude: «Heureux les persécutés Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse…! » et la Lettre à Diognète qui s’en inspire : « Les chrétiens résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés… Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils y trouvent leur justification. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie.»

 

IMG_4988.JPG

 

2) Pasteure Florence Taubmann : L’accueil des réfugiés en France
La Pasteure Florence Taubmann travaille au Département d’entraide de la Fédération

protestante de France (Défap) et a la responsabilité de l’action auprès des réfugiés.

Elle commence son exposé par une réflexion sur ce que signifie accueillir celui qui est éprouvé et malheureux. «N’oubliez pas l’hospitalité, car certains ont accueilli des anges», dit la lettre aux Hébreux (chapitre 13). Par l’étranger nous pouvons donc être évangélisés.

Avec l’épitre aux Ephésiens nous nous rappelons que nous étions étrangers et que nous sommes devenus concitoyens des saints. Nous sommes dans ce monde et pas de ce monde, donc nous sommes aussi étrangers par rapport à ce monde. Cette condition du croyant remonte jusqu’à Abraham.

Cette étrangeté est aussi celle de notre mémoire d’Egypte : « Vous avez vous-mêmes été étrangers en Egypte ». Ne pas opprimer l’étranger, car nous l’avons aussi été ! On pense en effet à toute l’exploitation dont l’étranger est victime.

Celui-ci a droit à une intégration : la loi sur le glanage le dit clairement (Lévitique 19,10). Le shabbat parle aussi d’intégration : « Le 7e jour tu te reposeras…afin que l’étranger qui réside chez toi ait du repos ». Intégrer, accueillir, aider, nourrir : c’est toute cette préoccupation que nous avons par rapport aux migrants qui arrivent en Europe.

La phrase de Michel Rocard (homme politique français) a souvent été tronquée de sa seconde partie : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part ». C’est une éthique à la fois de conviction et de responsabilité.

La Fédération protestante de France a lancé un appel au logement. La réponse a été donnée aussi de manière œcuménique. Accueillir ne suffit pas, il faut aussi accompagner et orienter.

Devant les personnes en détresse, un groupe de paroissiens s’est exclamé : « C’était comme si Jésus nous le demandait ». Ils se sont engagés dans un camp de Grande Saintes. La rencontre personnelle avec les migrants change tout, même si les difficultés culturelles, de communication demeurent.

Le Bon Samaritain s’arrête mais il va aussi jusqu’à prendre soin du blessé après l’avoir amené à l’auberge. Cela fait réfléchir dans notre relation avec les migrants. Toutefois dans leur cas, c’est le nombre qui fait peur. Nous savons que chaque personne est unique, mais on se sent menacé par la foule des migrants. Cependant les choses commencent à changer quand on entre en relation personnellement. Cela demande tout un travail.

NAITRE A LA MISERICORDE

Sœur Anne Lécu, Dominicaine de la Présentation, médecin de prison

La pratique de médecin de prison de Sœur Anne Lécu lui a fait lire la Bible autrement. Sa manière de prêcher, en tant que Dominicaine, a complètement changé après cette expérience.

Dans sa lettre sur la miséricorde le Pape François a eu cette intuition qu’une personne en prison qui passe par sa porte de cellule, c’est comme si elle passait par une Porte sainte, si elle en est consciente.

Or une cellule est un enfermement. Le Christ s’est identifié avec les coupables. Les gens qui passaient à côté de sa croix ne savaient pas qu’il était innocent. Il a pris sur lui la malédiction du péché. Les prisonniers savent cela de manière intuitive.

Le texte d’Apocalypse 3 parle d’une porte : « Je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai chez lui… » Dieu est dans nos vies comme un détenu qui n’a pas la clé. C’est à nous, personnes croyantes, d’ouvrir cette porte pour que d’autres soient rejointes par le Christ.

« Dieu ne nous demande pas ce que nous fûmes, il n’est touché que par ce que nous sommes », affirmait le Père Lataste, un Dominicain aumônier de prison au 19e siècle. Marie et Marie Madeleine vivent de la même innocence quand elles regardent vers le Christ. Ainsi en va-t-il de chaque prisonnier, aussi coupable soit-il ! Le péché ne peut que recouvrir l’image de Dieu, il ne nous fait jamais la perdre. Sœur Anne croit que l’innocence originelle n’est jamais perdue pour personne. Les personnes en prison le lui rappellent chaque jour. Le Christ nous la restitue entièrement. « Venez à Jésus, il a du baume pour toutes les blessures », disait le Père Lataste.

La honte est un des pires sentiments qui abime l’homme. Elle est mortifère. Après la création, le second geste de miséricorde que Dieu fait est de couvrir Adam avec une tunique de peau pour qu’il puisse vivre. Quelle discrétion en Dieu qui couvre le péché d’Adam ! Est-ce un agneau qui est sacrifié – préfiguration de l’agneau pascal ?

Le contraire de la miséricorde est d’exposer la faute de l’autre. On le voit dans l’histoire de Cham, fils de Noé. En hébreu le pardon (la racine kpr) c’est recouvrir la faute des hommes. Découvrir la nudité, ce que fait le fils de Noé avec son père, cela veut dire violer la personne. Recouvrir la faute c’est lui offrir un abri, être hospitalier. Revêtir la tunique du Christ c’est faire que ce qui est mortel soit revêtu par la vie, le Christ. « Faites comme si le Christ est votre capuchon », disait un autre dominicain. « Ils ont lavé leur robe dans le sang de l’agneau », dit l’Apocalypse : ces personnes, ce sont nous.

La violence de la prison est la même que celle que l’on vit en communauté. « Paradoxalement, avoue Anne Lécu, j’ai beaucoup plus de difficulté à fermer les yeux sur les fautes de mes sœurs Dominicaines, que sur celles des prisonnières. Celles-ci m’enseignent à être davantage miséricordieuse ! »

LA PROCHAINE RENCONTRE DE L’E.I.I.R. aura lieu dans une communauté luthérienne, la Christusbruderschaft à Selbitz, non loin d’Erfurt, en Allemagne, du 4 juillet 2018 soir au 10 juillet matin.

 

IMG_5159.JPG

 

IMG_5151.JPG

 

IMG_5161.JPG

 

LECTIO DIVINA

avec le Pasteur Martin Hoegger

Le Pasteur suisse Martin Hoegger a animé deux Lectio divina participatives sur le thème de la miséricorde, au moyen d’un livret de l’Ecole de la Parole en Suisse romande « A table. Les récits de repas dans l’évangile de Luc » (Cf. http://www.ecole-de-la-parole.ch).

Chez les Pères de l’Eglise, la recommandation aux moines de prier sans cesse (1 Th 5,17) est jointe à celle de consulter assidûment la Bible. Jérôme exhortait la vierge Démetriade, une des jeunes romaines appartenant à son Eglise de maison : « Que l’amour de la Lectio divina occupe totalement ton âme ». Un autre Père, Ambroise de Milan, donne ce conseil : «Tout le jour, médite la Parole de Dieu. Prends comme conseillers Moïse, Esaïe, Jérémie, Pierre, Paul, Jean. Prends comme conseiller suprême Jésus-Christ, afin d’acquérir le Père. Parle avec eux, médite avec eux tout le jour». Les Pères de l’Eglise d’Orient et d’Occident ont prié ainsi, en s’imprégnant de l’Ecriture par une méditation continuelle. «Applique-toi avec constance et assiduité à la lecture sacrée jusqu’à ce qu’une incessante méditation imprègne ton esprit et, pour ainsi dire, que l’Ecriture te transforme à sa ressemblance», recommande Cassien. Pour Chrysostome, cette familiarité avec la Bible n’est pas réservée aux moines, elle est pour chaque fidèle: «Quand vous rentrez à la maison, vous devriez prendre l’Ecriture et, avec votre épouse et vos enfants, relire et répéter ensemble la Parole écoutée (à l’église). […] Qui vit au milieu du monde et y reçoit chaque jour des blessures a bien plus grand besoin de remèdes. Ainsi y a- t-il encore un plus grand mal que de ne pas lire, c’est de croire la lecture vaine et inutile».

La Lectio divina est une lecture entrée sur le Christ. Elle consiste à chercher le Christ, « Lui que je cherche dans les livres », comme l’écrit Augustin ; elle signifie « consommer mystérieusement la Parole rompue », selon Origène, et encore « consommer l’agneau pascal », comme le dit Grégoire de Naziance. Durant ces temps de Lectio divina, notre désir a été de rencontrer le Christ ressuscité à travers sa Parole. Et il s’est donné à nous à travers l’écoute de sa Parole, le silence, la prière et l’écho de sa Parole dans le frère et ma sœur qui sont à nos côtés et en qui il nous attend. Nous avons ainsi fait l’expérience d’une profonde rencontre en Lui.

 

P1014925.JPG

 

LITURGIES

Cette communion profonde dans la Parole de Dieu accroît encore notre aspiration à une pleine communion eucharistique. Nous avons assisté aux liturgies de nos Eglises sans recevoir le sacrement. Une Sainte Cène protestante présidée par le Pasteur Jean-Philippe Calame (réformé, Suisse) a été célébrée dans l’Eglise évangélique luthérienne d’Aegviidu, en présence du Pasteur du lieu et d’une laïque engagée dans la paroisse. Le samedi, après que nous ayons visité cette belle ville médiévale de Tallinn, classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, notre groupe a rejoint le soir la communauté paroissiale catholique dans la cathédrale, pour l’Eucharistie. Le dimanche, dans la cathédrale orthodoxe Saint-Siméon de Tallinn nous étions rassemblés pour la Liturgie, en estonien, présidée par le Métropolite Stephanos. L’archevêque luthérien, Mgr Urmas Viilma a tenu à être présent à nouveau, avec notre groupe. Après les salutations fraternelles plus officielles qui ont suivi cette liturgie, la paroisse a offert à tous un verre d’amitié.

 

IMG_5445.JPG

 

Trois autres beaux moments ont été : le concert donné par la chorale de la paroisse orthodoxe Saint Paul de Vändra, le spectacle offert par le groupe folklorique de Sétoma et le repas préparé et partagé à la Métropole.

 

IMG_5557.JPG

 

TEXTES DES CONFERENCES ET TABLES RONDES DE LA RENCONTRE

 

CLIQUEZ ICI POUR DES TEXTES DE LA RENCONTRE EN ESPAGNOL

 

CLIQUEZ ICI POUR LE BULLETIN EIIR NEWS N°17

 

CLIQUEZ ICI POUR LES PHOTOS DE LA RENCONTRE

 

EIIR_2016_01.jpg

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :