LA 35e RENCONTRE EIIR A ASSISE EN ITALIE – JUILLET 2014

Notre grand groupe – plus d’une cinquantaine – était presque au complet le premier soir, samedi 12 juillet, quand Son Eminence le Métropolite Athénagoras Peckstadt, Métropolite de Belgique et président de l’EIIR, nous a salués.

Ce fut l’occasion d’une courte présentation d’un chacun et la découverte rapide de l’énorme variété que nous représentons: outre les pays fort bien représentés comme l’Espagne, la France, l’Italie et la petite Belgique, il y a la Roumanie, la Tchèquie, la Bulgarie, l’Oucraine et même le Liban avec l’Archimandrite Kassianos, formé au Mont Athos. La petite Soeur Paola Francesca, Italienne, nous vient de la Syrie. Mgr Stéphanos de Tallin (Estonie) s’excuse par lettre: pour des raisons de santé il ne pourra pas être des nôtres. On attend encore trois membres de la Hongrie, pour le même soir.

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Le lendemain – dimanche 13 juillet – il y eût l’eucharistie dominicale dans la cathédrale Saint Rufin. L’évêque d’Assise, Mgr Domenico Sorrentino, absent, nous a laissé un message chaleureux, épiloguant sur la centralité du thème choisi de la sainteté, non seulement entre les confessions chrétiennes mais aussi comme “le meilleur billet de présentation de notre foi dans le dialogue avec les frères d’autres religions”.

Avant comme après la messe on a découvert la ville – “ville haute” des classes supérieures, dont faisait partie la famille de Claire, et “ville basse” des minores, avec la position intermédiaire de la famille de François, milieu marchand, groupe social montant. François va s’en distancier radicalement en faisant une ferme option pour les minores. Ses frères seront “frères mineurs”, sans autre ambition.

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A 16h, à la Domus Laetitiae, a lieu l’ouverture officielle, par le Métropolite Athenagoras de Belgique. Il introduit le thème par une réflexion personnelle, où il souligne combien “l’appel à la sainteté” est central dans toutes les premières catéchèses chrétiennes et monastiques. Nous avons là un heritage commun et des sources communes. C’est en repassant par les Pères de l’Eglise primitive que nous pouvons retouver l’art de témoigner – sans prosélytisme – de notre foi commune dans un monde de plus en plus sécularisé qui ignore le Christ.

La première heure fut aussi l’occasion d’écouter différents messages venant de Sa Toute-Sainteté le Patriarche Oecuménique Bartholomée de Constantinople, du cardinal Kurt Koch (secrétariat pour l’Unité des chrétiens. Son délégué était ce jour-là parmi nous, le P. Hyacinthe Destivelle, dominicain français), du Métropolite Stéphanos de Tallin et de tout l’Estonie et du Métropolite Gennadios d’Italie et de Malte, Exarque pour l’Europe méridionale; son délégué, l’Archimandrite Syméon Katsinas, nous rejoindra le lendemain, depuis Rome). Tous soulignent le lien entre vocation monastique et sainteté, avec l’implication oecuménique de cet appel central. Chacun le fait en se référant à sa manière aux Ecritures, aux écrits des Pères comme saint Grégoire de Nazianze, ou aux textes concilaires de Vatican II. Ensemble, ces messages nous interpellent: ils sont bien plus qu’un bel éloge du moine, chercheur de Dieu, ascète qui, tournant le dos au monde, vit exclusivement pour Dieu. Dans l’éloge on entend l’appel et la responsabilité qui nous incombent d’aller jusqu’au bout de notre vocation, sans retour en arrière, pour le bien des Eglises et pour le salut même du monde.

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La soirée fut poursuivie par le témoignage d’une sœur franciscaine d’Assise, Sr Elisa Carta. Elle a parlé de sa ville: “Ville sainte, en raison de Claire et de François, et Ville de pèlerinage”. Son témoignage fut illustré par bien des exemples poignants. La ville n’est sainte que par la présence des saints. Et les saints le sont chacun à sa manière, diversifiée, en progression et stimulés les uns par les autres. L’échange avec le groupe a permis d’enrichir encore le portrait de Claire, femme forte, et la portée christologique du choix de François pour les pauvres, sans idéaliser la pauvreté.

Le lundi matin 14 juillet on écoute l’exposé de sr Katia Roncalli, franciscaine. Elle porte le même nom que le pape, canonisé il y a quelques semaines à peine, saint Jean XXIII car elle est sa parente. Elle a voulu creuser l’expérience de la relation d’amitié entre François et Claire.

En un premier temps elle a clarifié le vocabulaire employé : “amitié spirituelle”, et notamment le terme “spirituel”, comme ce qui relève de l’Esprit et illustre sa présence. Elle note: amour, créativité, l’art de ressusciter des morts, de faire l’unité intérieure, unissant toutes les dimensions de la personne humaine.

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            En un deuxième temps elle a retracé l’historique bien concrète de cette amitié – les tout premiers contacts entre François et Claire, les grandes différences sociales et culturelles entre eux, leur unité malgré des parcours personnels fort contrastés.

            Enfin elle a retenu cinq traits caractéristiques de leur amitié spirituelle:

  1. La liberté; 2. La fidélité; 3. l’intimité; 4. le discernement réciproque; 5. l’ouvertre sur l’éternité.

En conclusion elle est revenue sur le verset de saint Paul: “… il m’a aimé et s’est livré pour moi” (Ga 2,20). Ce que Paul dit du Christ, l’ami(e) le dit de l’ami(e).

La deuxième partie de la matinée a consisté en une visite guidée de la basilique saint François avec le P. Antonello Fanelli. Histoire politique et ecclésiastique, histoire de l’iconographie, et surtout histoire où la vie et l’inspiration de saint François en viennent à affecter l’art même et son expression: le Christ byzantin qui est Dieu et Seigneur avant tout, dans un réflexe fermement anti-Arien, cède progressivement la place à un Christ humain, fils d’homme qui souffre au milieu d’une humanité partagée entre le bon larron et l’autre. Surgissent les noms de Cimabue, Giotto, Lorenzetti, Simone Martini. Ils retraduisent la foi avec simplicité et non sans grandeur, comme on le voit dans les fresques de Giotto (+1337), de la basilique supérieure (1290-1295): elles retracent en vingt-huit tableaux toutes les étapes de la vie de François.

Le lundi après-midi voulait offrir un temps de méditation sur le thème choisi. Les saints sont parmi nous. Ils nous illuminent, nous interpellent, nous attirent tels des aimants, nous accompagnent et témoignent de la réalité palpable de la communion des saints.

L’archimandrite Syméon du monastère saint Silouane près du Mans (France), a raconté ses premiers contacts avec la communauté monastique de saint Jean Baptiste à Maldon, près de Londres. Il se souvient de plusieurs paroles clefs du P. Sophrony (+ 11/07/1993; disciple de saint Silouane au Mont Athos) qui l’ont orienté et soutenu, notamment pour la fondation d’un monastère. Que pensait-il de ce projet, fonder un monastère? “C’est impossibile! Mais fais-le!” “Et sache que cela ne se fait que dans les larmes et le sang!” Des années plus tard il y a l’aveu: “C’est dur!” Réponse: “Alors, c’est très bien!”

Mme Jocelyne Wullschleger (Lille, France) dans son témoignage a retenu quatre figures qui marquent sa vie. Parmi elles il y a le peintre Jan van Eyck (voir l’Agneau mystique), son mari Gérard, protestant, mort après quinze ans de vie conjugale et le pape Jean XXIII. Egalement un jeune qui vit toujours: Jean-Baptiste, un de ceux qu’elle accompagne dans une des trois institutions qu’elle dirige. Tout son témoignage, poignant, atteste la réalité effective parce que transformante de la dite “communion des saints”.

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Plusieurs voix ont été ensuite entendues. Les saints nous unissent également au plan interculturel et inter-ecclésial, comme on le voit avec des saints comme François ou Isaac le Syrien. Quelqu’un affirme: “Nous sommes unis. Nos différences disent la richesse surabondante de Dieu”. La réalité effective dépasse et anticipe le contenu de nos discours timides.   Ce soir-là on a dû renoncer à la présence de Guido Roncalli, artiste, acteur, parent lui aussi du saint pape Roncalli, Jean XXIII. Il a été retenu par les funérailles d’un de ses amis les plus proches, ce même jour. Son absence ne nous a pas empêché de communier à son deuil. On conclut ce long moment ensemble avec le chant de la grande page de l’épître aux Hébreux, chapitre 11, appelé chez les protestantes de Reuilly: “Le Cantique de la Foi” (mélodie de sr Myriam).

Dans la soirée deux membres de notre association racontent, images à l’appui, ce qu’ils ont vécu à Séoul (Corée du Sud) lors de la dixième assemblée du COE (Conseil Oecuménique des Eglises): du 30 octobre au 8 novembre 2013. Il s’agit du P. Michel Malève (dominicain, revue Istina) et du P. José Maria Hernandez (Clarétain, maintenant missionnaire au Zimbabwe). Le thème était formulé sous forme de prière: Dieu de la vie, conduis-nous vers la justice et la paix. Cette assemblée représente formellement un tiers des chrétiens de par le monde, plus ou moins un demi-milliard. Sur place il y avait 900 délégués et quelque 4.000 participants, le tout organisé à la perfection! Le climat fut celui d’une grande fête. Les questions d’actualité ont dominé les échanges et débats. L’hémisphère Sud en vient à prendre le dessus sur l’hémisphère Nord, au plan du contenu comme de la méthode. Les questions de théologie, certaines très bien traitées, passent toutefois à l’arrière-plan, vue l’actualité, perçue comme urgente, des questions politiques ou sociales. Ce lieu de rencontre entre Eglises est indispensable, on ne peut s’en passer. Que la formule ait besoin d’être reprécisée, c’est également un fait (comment être plus didactique, notamment). Une acquisition de poids est qu’on ne se contente pas de voter pour avoir la majorité: on veut le consensus, en laissant aux minorités chaque fois le droit de s’exprimer.

Mardi 15 juillet (saint Bonaventure (1221-‘74), le premier grand théologien du mouvement franciscain). La journée commence par un moment de lectio divina, proposée par le fr. Rupert de la communauté de Bose (dans le Piémont (Italie); voir toutefois la toute récente fondation en bas dans la plaine d’Assise, monastero di San Masseo). Il nous a choisi la page de Luc 15 et nous a commenté verset par verset ce chapitre, après avoir expliqué l’image de Dieu saint et donc séparé que nous transmet le Premier Testament. Jésus, en langage imagé, nous raconte comment Dieu se fait proche et abolit la séparation avec l’homme, même avec l’homme pécheur. Il vient combler la distance qui sépare le père du fils perdu comme du fils aîné, et des deux frères entre eux.

La seconde partie de la matinée le pasteur suisse Jean-Philippe Calame (qui est là avec France, son épouse catholique), nous a exposé un essai de synthèse théologique sur la communauté des saints – un des articles de foi du credo traditionnel commun. Il a commencé avec un aveu courageux et une humble prière: les Eglises de la Réforme ont dans leur mémoire une vraie blessure quant à la valorisation juste des saints, et il nous demande de leur venir en aide, ce qui signifie aussi un véritable défi pour nos Eglises. Arriverons-nous à proposer aux protestants une foi dans la communion des saints qui puisse les rejoindre et les guérir, comme il nous le demande? L’exposé était centré sur l’eucharistie comme le lieu par excellence de communion et de mémoire, d’anticipation de l’eschatologie et d’entrée dans le milieu où les saints sont nos prédécesseurs et nos compagnons actuels. Un beau fascicule de 15 pages, distribué à tous, permet de tout relire à tête reposée.

L’après-midi fut l’occasion d’un échange par groupes linguistiques. Dans notre groupe – italophone – on a signalé que les protestants, attachés qu’ils sont à la Bible, pourraient trouver de saines amorces d’une estime renouvelée des saints dans le cycle des patriarches et matriarches, honorés déjà dans la suite de la Bible même (voir Is 51,1s. ; Ben Sira 44s. ; 1-2 Maccabées), et surtout Hébreux 11 (Le Cantique de la Foi, signalé à la dernière page et que nous avions chanté la veille, selon une version des diaconesses de Reuilly).

La soirée nous a réunis pour écouter les témoignages de Taras Dmytryk et de la petite Sœur Paola-Francesca, l’un nous éclairant pour comprendre ce qui se passe en réalité en Ukraine – non pas une guerre civile mais une volonté du voisin de l’Est de déstabiliser le pays à tout prix, l’autre témoignant à la fois de l’horreur de la guerre actuelle en Syrie et des signes d’espérance malgré tout. Nous sommes remontés en un grand silence, lourd de la souffrance rapportée et criant vers Dieu notre supplication au nom des plus petits.

Mercredi 16 juillet

La journée commence à nouveau par un moment de lectio divina, présenté par le même fr. Rupert de Bose. Il considère cette fois le passage de Mt 9,9-13, avec ses deux tableaux: la vocation de Matthieu et la fête dans sa maison, suivie de l’intervention des Pharisiens qui murmurent. C’était l’occasion pour lui d’éclairer notre thème de la sainteté à partir de l’homme. La veille il l’avait éclairé à partir de Dieu. L’homme change de vie et renie son passé; il ne change pas pour autant d’amis et ne les renie pas… Comment bien vivre entre frères la révélation de miséricorde que Jésus introduit, non sans scandale pour l’homme religieux dont la référence est la règle et sa rigidité? Celles-ci peuvent faire des autres mes victimes. Dieu veut la miséricorde. L’homme selon le projet de Dieu est un homme de communion.

Dans la deuxième partie de la matinée l’Archimandrite Syméon nous emmène à réfléchir sur les deux notions clefs du sujet qui lui a été confié: œcuménisme et sainteté. Son accès à la thématique est le cœur, l’expérience, les exemples vécus, l’amour en acte dans la vie – la vie des saints qui viennent à nous et le plus souvent nous choisissent plutôt que nous eux. Avec réalisme il nous renvoie au lieu où nous vivons, à la nécessité de la conversion et du repentir, de la prière, de l’exercice de la charité mutuelle, en vivant de façon sainte et saine la tension entre le péché et la grâce, jour après jour. Le péché est bienvenu, l’idéal de perfection est un piège. Le début et la fin de son exposé étaient illustrées par des rencontres et des enseignements de saints contemporains – notamment Fr. Roger Schutz, dom André Louf, Yvonne Aimée de Jésus.

L’après-midi nous a réunis autour de trois voix – qui chacune interprétaient l’expression «la communion des saints», telle qu’elle apparaît dans le symbole du Credo commun. Sabino Chialà, moine de Bose, prieur d’Ostuni, près de Bari (It.), catholique romain; Sr Ekatarina Rotaru, moniale orthodoxe de Roumanie (monastère de Govora), et sr Bénédicte Girard, protestante des Diaconesses de Reuilly. Sabino s’interroge : Qui sont «les saints»? Il distingue trois niveaux de signification, déjà présents dans l’Ecriture (Rm 1,7 ; Hébr 3,1 ; Apoc. passim ; Lv 11,44 ; 1 Pi 1,16 ; cf. Mt 5,48). Il s’agit de tous les croyants (1), notamment ceux qui ont mené une vie conformément à l’évangile (2), ou encore (3) ceux qui participent aux choses saintes, à la réalité du Corps saint du Christ. Deuxième interrogation : qu’est-ce «croire à la communion des saints»? La foi se vit dans un contexte de communion, elle est plus que seulement personnelle. Elle suppose toujours un corps ecclésial. Cette communion par la sainteté est toujours là, antérieure à nos fractures et divisions et au-delà de celles-ci.

            Sr Ekatarina était comme saisie par l’image du cercle et de son centre (voir Dorothée de Gaza, VIe conférence, §78). Le centre du cercle qui est le monde, est Dieu, qui est amour. Se référant à plusieurs maîtres à penser (Dumitru Staniloae, saint Silouane, Saint Porphyrios) et à des personnes bien concrètes, rencontrées comme M. Marie Madeleine (ermite au Sinaï), elle a fait, comme dit Pascal, «une digression sur chaque point pour montrer toujours la même fin»: l’amour nous débarrasse du petit moi et nous pousse à l’ultime vérification qu’est l’ «amour des ennemis».

            Sr Bénédicte, protestante, comme le pasteur J.-Ph. Calame, a avoué une certaine hésitation en face du thème proposé, mais elle a été puiser dans la grande mémoire de sa congrégation des Diaconesses et de sa tradition ecclésiale. Chez la sœur fondatrice, chez des sœurs en mission au Cameroun, chez Calvin comme dans le catéchisme d’Heidelberg, elle a repêché en eau profonde de multiples perles, les unes plus belles que les autres et dont elle fut la première à s’en émerveiller. Elle peut témoigner avec sérénité: il y a une riche réflexion chez les protestants sur les saints, sur la communion avec eux, et sur le cordage – belle image – qui existe entre «la famille du ciel» et «la famille de la terre». Son exposé complète et vient enrichir le texte déjà bien riche du pasteur suisse Calame sur la question.

La soirée nous a permis de voir la cathédrale à taille humaine, tout à fait renouvelée, qu’est celle du Métropolite Stephanos de Tallin (Estonie: cathédrale près du port de la ville, lieu de rencontre des marins. Voilà un apéritif qui donne goût ; qui ne voudrait voir davantage? Sœur Agueda Garcia de Antonio a présenté l’œuvre des missionnaires de l’Unité et évoqué leurs multiples engagements récents et concrets en contexte espagnol. La soirée s’est terminée par un reportage, merveilleusement illustré, par les deux sœurs de Voronet, sur leur monastère en Roumanie, actuellement le plus grand de tous.

Jeudi 17 juillet, le matin, après la liturgie orthodoxe, présidée par le P. Syméon (Le Mans, France), nous avons écouté le P. Kassianos Inati, Libanais, moine du Mont-Athos, disciple un temps du très célèbre P. Païssios, et actuellement archimandrite d’un monastère au Nord du Liban. Il est parmi nous comme délégué du patriarche d’Antioche, sa béatitude Jean X. Il nous a offert un témoignage vibrant, appuyé par l’évocation des faits les plus récents de la guerre en Syrie, et des initiatives courageuses au Liban même. «Témoin» et «martyr» ne font qu’un même mot en grec (martys) et une même racine en arabe, mais en outre il s’agit d’une seule réalité dans l’univers chrétien d’aujourd’hui, pour tout le Moyen-Orient.

L’après-midi, avant l’assemblée générale, le frère mineur Tècle Vetrali de Vérone, bibliste de formation et oecuméniste de profession, nous a communiqué que la Congrégation des religieux au Vatican prépare la Semaine de prière pour l’Unité du mois de janvier prochain (2015) en invitant les religieux à s’y associer le plus possible. Une invitation formelle sera adressée à l’EIIR. La conviction de base qui anime les responsables de la Congrégation est que les religieux vivent entre eux le mystère de l’unité et sont en position idéale pour animer de l’intérieur ce qui doit habiter tout le mouvement œcuménique comme tel. Cette intuition rejoint très directement celle qui présida à la naissance même de l’EIIR. Indirectement ceci, peut-on dire, constitue une remarquable confirmation de toutes ces années de travail œcuménique soutenu.

A l’assemblée générale même, les cinq membres du bureau ont été reconduits, à une exception près: outre Son Eminence le Métropolite Athénagoras de Belgique, sr Bénédicte Girard, sr Bernadette Delizy, P. José Maria Hernandez Martinez, c’est l’Archimandrite Syméon qui a été choisi, avec un peu plus de voix que l’hiérodiacre Petar Gramatikov.

Un long moment de prière, ce même jeudi soir, nous a permis d’évoquer, grâce à la médiation de M. Marco Bartoli, de la communauté de Sant’Egidio (Rome), les témoins-martyrs de notre temps. On a parcouru les cinq continents, avec une liste qui embrassait plus de cent noms propres, toutes les confessions réunies… L’autel se remplissait de lumière : un large feu ardent devant le Très-Haut. Les Kyrie, eleison traversaient les cœurs et toutes les frontières.

Le soir, au cours du moment récréatif, on a pu se faire une idée, grâce à l’évocation faite par l’évêque de Hajdudorog, Mgr Fulop Kocsis (Hongrie) et des deux moniales de Damoc qui l’accompagnaient, de la réalité de ces chrétiens hongrois de rite grec mais de communion catholique. Lors de l’évaluation une voix du groupe orthodoxe s’était levée pour exprimer sa reconnaissance d’avoir pu prier avec des membres d’une Eglise dite «uniate», de rite oriental mais en lien avec l’Eglise catholique.

Tout au long de la semaine on a prié en plusieurs langues et rites et traditions différentes, avec ou sans mots. Ces moments ont permis à chacun de respirer en profondeur, entre les conférences et les échanges ou visites. Ils ont soudé notre groupe, plus que les mots ne peuvent le dire. En bordure de la ville du Poverello, c’étaient des liturgies de pauvres qui, tout en priant, creusaient leur pauvreté et laissaient l’Esprit les sanctifier toujours davantage – Dieu seul sait jusqu’où. Il n’y a aucun regret de sortir d’une liturgie avec une douleur au cœur quand celle-ci provient de ce qui sous le ciel n’est pas encore possible entre nos institutions. Si le visible est encore fragmenté, qui ose douter que l’invisible vers lequel on marche et dans lequel on est, le soit pour autant? Les saints comme François ou Claire, Silouane ou Isaac de Ninive, ne nous ont-ils pas illustré par tout leur rayonnement une unité qui dépasse de loin certaines séparations pourtant bien visibles ? Plusieurs sont revenus sur ce thème bien connu de la «douloureuse joie». Jean Climaque, cité par Nil Sorski, parle pour le moine en prière d’un état d’esprit qui rappelle celui d’ «un enfant qui pleure et qui rit à travers ses larmes».

Au terme de ces journées bien pleines, comment ne pas rendre grâces et comment ne pas poursuivre avec une ardeur renouvelée notre intercession pour un monde de justice de paix?

Rapport rédigé par le fr Benoît Standaert, osb

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