IN MEMORIAM: SOEUR MINKE DE GRANDCHAMP

une_minkeEn ce 19  octobre 2013,  jour du Shabbat qui s’ouvre sur celui de la Résurrection,  Soeur Minke De Vries, de la Communauté des Soeurs Protestantes de Grandchamp, (Areuse, Suisse ) a rejoint le sein du Père. Ses funérailles furent célébrées le 23 octobre, à l’Arche, chapelle de Grandchamp, en présence d’une assemblée de grande diversité ecclésiale.

Née au Pays-Bas en 1929, Soeur Minke a été la Prieure de sa Communauté de 1970 à 1999. Elle avait un grand souci de la réconciliation des Eglises et a organisé de nombreuses Rencontres oecuméniques à Grandchamp. En 1995 le Pape Jean-Paul II lui confia la préparation des textes pour le Chemin de Croix du Vendredi Saint, à Rome.

Soeur Minke a participé plusieurs fois à nos Rencontres EIIR et avait aussi été élue membre de notre comité organisateur. Ce service oecuménique, toujours rendu avec joie et compétence, lui permettait de créer des  échanges  et des liens d’unité avec tous les participants. Nous lui restons profondément reconnaissants pour son partage oecuménique et celui de ses Soeurs. Nous demeurons en communion priante avec la Communauté de Grandchamp, dans le Coeur du Ressuscité d’où nous recevons la source de notre UNITE.

Mémoire éternelle à notre soeur!

rencontre

Interview – Soeur Minke: «Une vie de prière, c’est une aventure»!

Vous êtes protestante, comment avez-vous pu devenir sœur?
Sœur Minke: Les réformateurs avaient rejeté cette forme de vie. Mais l’Esprit a su susciter pendant et après les guerres mondiales des communautés d’inspiration monastique dans les Eglises de la Réforme. Bouleversée par une rencontre importante avec la réalité de Dieu, j’ai voulu lui donner ma vie. J’ai rencontré la communauté de Grandchamp par une amie: j’y suis allée, j’y suis encore et ne regrette pas mon choix. D’autres personnes avec le même désir de donner leur vie à Dieu se sont engagées dans la mission ou ont étudié la théologie. Pour moi, c’était cette vie-là, de prière, de communauté et d’accueil.

Qu’est-ce qui vous a attirée vers la vie monastique?
C’est vraiment le Christ. Etudiante, j’étais active, engagée parmi les étudiants chrétiens. En découvrant Grandchamp, et aussi Taizé, j’ai su: «C’est là que je dois aller.» La prière en commun de la communauté et son ouverture m’ont plu. J’avais à cœur d’être dans un lieu d’Eglise ouvert au monde.

Recommanderiez-vous ce choix à une jeune femme aujourd’hui?
Après plus de cinquante ans, je suis encore là, encore pleinement d’accord avec mon choix d’origine. Pour une jeune femme d’aujourd’hui? Si je perçois une soif de Dieu, un désir de prière et une ouverture au monde, alors oui. Mais si je ne vois que le souhait de trouver un refuge, d’être tranquille, cela ne va pas jouer. Nous ne sommes pas un lieu tranquille.Nous accueillons des retraites. A partir de notre vie intérieure et de notre prière et en échangeant avec nous, des personnes de toute confession peuvent découvrir le Christ. Notre vie de prière montre qu’il est possible à des personnes venues des quatre coins du monde de vivre ensemble, en amitié, toute une vie. C’est une aventure, un défi loin d’être évident. Ce n’est possible qu’à partir du Christ et de l’Evangile, pas de notre seule bonne volonté, car cela nous dépasse.

Vous avez été trente ans prieure de la communauté. Quel a été le moment le plus fort?
Je pourrais faire une long collier avec toutes les perles glanées lorsque j’étais prieure. Un peu comme le ravi de la crèche de Noël. Chaque fois que je vois une personne retrouver la vie, la joie, je suis dans l’émerveillement. Une jeune femme qui a prononcé un oui pour toujours à notre vie avec le Christ et qui tient bon: une merveille! Et quand une autre s’en va vers le Seigneur, sur son visage une grande paix, la sainte cène ensuite est une célébration de Pâques. Il y a aussi eu les voyages pleins de découvertes, la grande assemblée de Vancouver en 1983 du Conseil œcuménique des Eglises, manifestation de l’universalité de notre foi et de solidarité. Evidemment avoir été invitée à écrire le chemin de Croix pour le pape Jean-Paul II, en 1995, cela reste inouï pour moi.

Que représente Noël pour vous?
Dans notre prière liturgique, nous suivons la vie du Christ. L’année liturgique débute avec l’Avent. Nous commençons par la lecture de l’Apocalypse, qui accomplit toute promesse de la venue du Christ, signe de combien Dieu aime l’humanité. C’était déjà exprimé par l’alliance avec son peuple élu. Puis Dieu a envoyé son fils, par Marie, une jeune femme d’Israël. C’est prodigieux et Dieu essuiera toute larme de nos yeux.
Depuis Noël, Dieu est avec nous, en Christ. Noël n’est pas juste un événement commercial ou sentimental. Le cœur de la fête est que Jésus est venu vivre parmi nous. Nous avons pu le toucher, le regarder, l’entendre. La compassion du cœur de Dieu est devenue tangible, toute proche. Nous l’approfondissons chaque année par la prière et la célébration de Noël.

Comment Dieu agit-il dans les hommes?
C’est le plus important de notre foi. Dieu chemine avec nous, les humains. Son énergie d’amour travaille en nous. Une transformation se réalise dans le sens de la simplicité, de l’ouverture aux autres, et aussi de prendre moins au sérieux ce petit moi qui veut toujours se montrer. Il faut sans cesse recommencer, avec confiance. J’espère avoir confiance jusqu’au bout. J’ai vu des personnes arriver à Grandchamp complètement abattues et repartir debout. Elles ont retrouvé leur dignité, grâce à la résurrection du Christ qui renouvelle notre vie, à ce Dieu vivant qui agit et peut, à partir d’une situation désespérée, nous faire aller vers quelque chose de positif.

Que dites-vous à ceux qui s’éloignent de l’Eglise?
Quoi dire? Je souffre de toute cette perte de sens, les gens ne comprennent plus la bonne nouvelle apportée par le Christ vivant! Je les respecte de tout mon cœur et je prie. Des hôtes en recherche viennent à Grandchamp et découvrent quelque chose. Nous essayons de vivre ce qui nous a été donné, grâce à la venue du Christ qui nous a rendu le Père si proche, comme une source d’espérance. Des visiteurs peuvent alors y trouver une réponse. Dieu est plus grand que notre cœur.

Que nous apprend Jésus d’essentiel aujourd’hui?
Jésus parle d’un Père qui est accueillant. Jésus regarde et voit l’autre. Il manifeste de la solidarité et montre le Royaume. Quand Jésus dit: «Suis-moi!» c’est sérieux, comme un amour dans lequel nous entrons. En même temps, Jésus nous dit de ne pas nous faire de souci. Il y a une énorme confiance dans sa vie. Il nous invite à faire comme lui, à être cohérents, à voir les autres. Il y a quelque chose de simple dans son enseignement. Nous demandons dans nos prières de pouvoir accueillir l’autre, de le regarder avec le cœur. Notre vie en communauté est un bon lieu d’exercice. La réconciliation est au cœur de cette vie.

Où en sont les relations entre les communautés chrétiennes?
A un certain moment, nous pensions que l’unité était une question d’années. Aujourd’hui où il y a tant de peur et d’incertitudes, notre communauté œcuménique de Grandchamp espère  être une oasis où rayonne le Christ. Nous accueillons des personnes de toute confession et vivons tournées avec confiance vers ce que sera l’Eglise de demain. Comme nous ne pouvons pas rester figées sur ce qui a été normatif autrefois, mais désirons avancer dans la confiance que Dieu est à l’œuvre dans les changements que nous vivons actuellement. Car Dieu tient à son Eglise.

source: Bonne Nouvelle (Suisse)

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