LA 37e RENCONTRE DE L’E.I.I.R. A SELBITZ EN ALLEMAGNE (juillet 2018)

24 juillet 2018

JESUS-CHRIST, NOTRE JUSTICE.

LA VIE CONSACREE COMME EXPERIENCE DE GRACE


Compte rendu de la 37erencontre de l’EIIR, Selbitz, juillet 2018.

La  37e Rencontre Internationale et Interconfessionnelle des Religieux et Religieuses (EIIR) a eu lieu du 4 au 10 juillet 2018. (1)  Elle a rassemblé une cinquantaine de personnes venant de 15 pays et des Églises catholique, orthodoxe et protestante. Elle s’est tenue à Selbitz, petite ville du nord de la Bavière où vit depuis bientôt 70 ans une communauté protestante, la «Christus Bruderschaft».

Justice et grâce, deux thèmes centraux de la Réforme protestante, dont ce fut le 500e anniversaire l’année dernière! La grâce de Dieu nous libère et nous unit. Les participants ont aussi visité l’ancienne frontière du rideau de fer séparant l’Allemagne. Que signifie être aujourd’hui ouvriers de paix et de réconciliation?

[1] Le regretté Métropolite Emilianos Timiadis (archevêque orthodoxe) et Mgr Julian Garcia Hernando (prêtre catholique) ont cru qu’il ne fallait pas seulement un dialogue entre évêques, ou entre théologiens, mais aussi entre personnes de vie consacrée. La première rencontre a eu lieu à la communauté de Grandchamp (Suisse) en 1970. Dès lors des rencontres ont eu lieu régulièrement tantôt chez des catholiques, des orthodoxes et des protestants. https://eiir.wordpress.com/historique/

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INTRODUCTION

La Christus Bruderschaft (voir site web)

Sœur Myriam, membre de la «Fraternité du Christ», cite la pensée oecuménique du fondateur, Walter Hümmer, pasteur de l’Eglise évangélique de Bavière. Celui-ci était convaincu de l’importance d’accueillir les dons des autres Eglises. Pour lui l’Eglise du futur aura une dimension oecuménique. Ainsi le désir d’unité de l’Eglise a toujours été dans le cœur de cette communauté.
Son épouse Hanna était une grande charismatique et avait avec son mari le don de partager l’amour de Dieu. Les deux travaillaient avec des jeunes. En 1949 cette communauté a été fondée avec sept sœurs et six frères.
Une vie communautaire de sœurs et frères était une nouveauté dans le protestantisme allemand. Au début, elle apparaissait trop catholique, mais aujourd’hui la relation avec l’Eglise luthérienne est bonne. Il y a 106 soeurs… mais seulement 3 frères. Un tiers ordre de 110 membres marche avec elle.
Sur la montagne, trois maisons symbolisent la triple vocation de la communauté partout où elle se trouve : une pour la prière – la maison mère, une autre pour l’accueil (accompagnement et témoignage) une troisième pour les soins.
Leur journée est rythmée par trois prières. «Que Dieu nous donne de faire l’expérience de la présence de Jésus parmi nous, lequel crée l’unité», tel est le vœu de S. Myriam!

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Témoins de la justice et de la grâce. 

Son Eminence le Métropolite Athenagoras, archevêque orthodoxe du Benelux (Patriarcat œcuménique) et président de l’EIIR, ouvre la rencontre avec un premier approfondissement du thème.
Il affirme que nous vivons dans un monde qui, plus que jamais a besoin de grâce et de justice. Comment réconcilier notre foi en un Dieu d’amour avec le mystère du mal et de la souffrance? «La Justice de Notre Seigneur n’est pas de ce monde. En choisissant de consacrer notre vie à suivre Jésus, nous remettons entre ses mains ce don qu’il nous a fait, au service de l’autre».
Mgr Athénagoras se souvient qu’il a été tonsuré moine deux jours après la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre. Ce mur que nous visiterons durant ces quelques jours.
La grâce est au cœur de la vie monastique, dont le secret est de s’unir à la lumière du Tabor. Dieu se révèle à ses biens aimés, à ceux qui ont le coeur pur. Tous les chrétiens sont appelés à prier pour le monde soit transfiguré.
«Témoigner ensemble de l’Evangile dans un monde qui résiste à la grâce est l’urgence du moment», conclut-il.

IMG-4820Messages des Eglises

Les plus hautes autorités des Eglises nous ont envoyé des messages fraternels: le Patriarche Oecuménique Bartholomée dit que dans un monde où le souci du bien commun est dévalorisé et où la solidarité est en crise, l’Eglise Orthodoxe proclame que «c’est pour que nous soyons véritablement libres que Christ nous a libérés». La vie consacrée en est un témoignage éminent.
Le Cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, écrit que la vie religieuse puisant dans la prière de Jesus pour l’unité est dans la tradition de l’Eglise indivise. Au cœur tant de la vie religieuse que de la recherche de l’unité se trouve la conversion du regard. «Que cette rencontre contribue à l’unité chrétienne par la conversion du regard», conclut-il !
Le Pasteur Martin Junge, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, constate que les thèmes de cette rencontre sont en harmonie avec ceux de la FLM: la réconciliation, la miséricorde et la paix. L’Allemagne réconciliée et réunifiée en est un exemple. De plus il souligne que l’une des valeurs fondamentale de notre foi est d’accueillir l’étranger. «Je le traiterai comme j’aimerais qu’on me traite», dit un texte des responsables religieux de l’Europe.
Enfin le  Métropolite Augustin d’Allemagne, président de la Conférence Episcopale Orthodoxe en Allemagne, nous souhaite de travailler pendant ces jours dans la justice de Dieu: «Au cours des derniers mois, nous avons énormément réfléchi et discuté à propos de la justice de Dieu et de la justification du croyant, guérissant la mémoire commune de l’Église («Guérison des souvenirs») et reconnaissant notre culpabilité. Et bien sûr, nous avons prié».

«Mendiants de la grâce»

Nous terminons cette première soirée par la prière, où Jean-François Breyne, pasteur de l’Eglise protestante Unie de France, commente les Béatitudes. Celles-ci invitent à nous mettre en route, à une «intranquilité», avec et pour les autres, à cause de l’Evangile. Il traduit la première béatitude – «Heureux les pauvres en esprit» par «les mendiants du souffle» et rappelle que les dernières paroles de Martin Luther étaient : «Nous sommes tous des mendiants». «Mendiants de la grâce et de l’Esprit: c’est ce que nous voulons être et vivre ces jours», conclut-il!

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I. LA VIE CONSACREE COMME EXPERIENCE DE LA GRÂCE

 1.1 Perte et redécouverte de la vie monastique dans les Eglises de la Réforme. 

Bien que Martin Luther ait été très critique à l’égard des ordres, de leurs vœux et de la vie monastique en tant que telle, les ordres évangéliques peuvent être compris comme les héritiers légitimes de la Réforme. Telle est la thèse que Sr. Nicole Grochowina de la communauté «Christus Bruderschaft», désire illustrer.
D’ailleurs les critiques de Luther ne l’ont pas amené à supposer que les ordres devraient être abandonnés en tant que tels. Au lieu de cela il a promu l’idée d’une «troisième possibilité», où l’on devrait rencontrer des gens qui, sérieusement et volontairement, voulaient s’engager dans les commandements de Dieu et la vie chrétienne. Ici, ils devraient faire des prières communes et vivre ensemble – mais pour Dieu et non pour eux-mêmes.
Tout au long de l’histoire de l’Eglise protestante, nous pouvons découvrir quelques tentatives pour faire naître cette «troisième possibilité», par exemple en regardant le séminaire théologique de Dietrich Bonhoeffer à Finkelwalde.
Au lendemain de la 2e guerre mondiale, dans un processus de trente ans, les Eglises protestantes d’Allemagne acceptèrent progressivement la vie monastique en leur sein.
Aujourd’hui les ordres et les communautés protestants sont pleinement acceptés par l’Eglise. De plus ils cultivent des relations œcuméniques au-delà de toute limite. En même temps ils sont le foyer spirituel de nombreux chrétiens qui partagent le désir de s’engager sérieusement dans la vie chrétienne. Le protestant cherche, en effet, dans la communauté une spiritualité qu’il ne trouve pas dans la paroisse. De plus comme il est difficile de témoigner de sa foi dans la vie ordinaire, la communauté encourage à l’exprimer.
En tenant compte de ces aspects, on peut vraiment conclure que la vie communautaire protestante transmet l’héritage de la Réforme et qu’elle renouvelle la vie du protestantisme.

Le scapulaire est le symbole du service, dit S. Christine Marie, en montrant le sien et celui de Soeur Bénédicte, sœur protestante de Reuilly. Laquelle dit que le scapulaire a pris la place du tablier de service. L’idée était de conjoindre la diaconie et l’idéal monastique. Cela avait aussi une dimension œcuménique.

IMG-4850La soirée se conclut par les complies dans la tradition orthodoxe, dont voici une belle prière :
«Toi, qui en tout temps et à toute heure, au ciel et sur terre, es adoré et glorifié, Christ Dieu,longanime, riche en pitié, miséricordieux. Qui aimes le juste et fais miséricorde au pécheur,qui appelles tout homme au salut par l’annonce des biens à venir, toi-même, Seigneur, à cette heure, accueille nos requêtes et dirige notre vie selon tes commandements.
Sanctifie nos âmes, rends chastes nos corps, redresse nos raisonnements, purifie nos pensées, et délivre-nous de toute affliction, de tout mal et de toute douleur.
Entoure-nous de tes anges saints afin que, protégés, gardés et conduits par eux,nous parvenions à l’unité de la foi et à la connaissance de ta gloire inaccessible,car tu es béni dans les siècles des siècles. Amen».

1.2 La vie religieuse au service de la réconciliation, de la miséricorde et de la paix.

Gianluigi Pasquale (OFMCap), Professeur de Théologie à l’Université Pontificale Latéranienne, commence sa brillante conférence en citant Miguel de Unamuno: «Le métier des religieux n’est pas de vendre le pain, mais d’en être le levain».
Alors que dans certaines régions la vie religieuse stagne, là où l’Église palpite, la vie religieuse jouit d’une santé optimale. Se pose plutôt le problème sérieux de la sélection des candidats à la vie religieuse, habituellement marquée par les trois vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté.
Où l’Eglise est vivante il y a l’Esprit saint… et la vie religieuse y fleurit ! En Europe elle souffre, non seulement à cause de la dénatalité, cependant elle garde encore une grande responsabilité pour la vie religieuse.

A. Trois intuitions
G. Pasquale propose trois intuitions sur lesquelles se fonde la nouveauté de la vie religieuse : en premier lieu, la recherche du Dieu avec qui se réconcilier, puis, le besoin d’un frère ou d’une sœur, de qui recevoir, et à qui pouvoir offrirmiséricorde, et enfin, le souci du monde et des pauvres, définissable aussi comme désir profond  de paixet de sérénité.

La vie religieuse au service de la réconciliation
Du premier et fondamental moment de réconciliation avec Dieu par Jésus-Christ (2 Cor 5,20), jaillit le second, celui des frères et des sœurs. Ce n’est jamais le contraire, du moins dans la tradition chrétienne authentique de la vie religieuse.
Quand un religieux ou une religieuse « se montre » réconcilié avec lui-elle même et avec Dieu, ceci est le meilleur habit (dans le sens d’« habitus ») avec lequel il polarise l’attention des citoyens, des membres d’autres religions, et même des agnostiques.

L’unique cadre pour servir la miséricorde se situe dans l’ «autre pour moi»
Le second élément constitutif de la vie religieuse est le témoignage de la possibilité de vivre dans une famille de foi, comme si elle était une famille de chair. Considérer l’ «autre» comme le «frère pour moi» … voici l’invention des fondateurs des communautés!
Mère Teresa, par exemple, insistait toujours pour que les sœurs ne jugent personne et ne méprisent aucune catégorie de personne, encore moins les «non chrétiens»; elle attendait d’elles un affinement de leur capacité d’écoute et de réponse aux attentes de Dieu. Qu’elles sachent, pour cela, s’immerger dans l’humanité désireuse d’être simplement écoutée, avant d’être jugée !

Le respect de la création et le service pour la paix
L’homme contemporain est conscient d’avoir abusé de la création jusqu’aux limites du possible, et donc d’avoir causé des déséquilibres de paix.
Chaque fondateur a su instaurer un rapport nouveauavec la création ; il ne cherche pas les créatures pour les posséder ou les dominer, mais les appelle par leur nom, les invitant à rendre grâce au Dieu trinitaire, qui les a revêtues de beauté et de bonté, et en conséquence, les « appelant » à la paix.
De nos jours, les jeunes sont très attentifs et sensibles au respect de la création et à la réalisation d’un monde à nouveau pacifié.

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B. Le songe réalisable : une humanité plus conforme au projet de Dieu.

Le père G. Pasquale voit trois «points solides» : le sens profond du mystèreque développe chaque existence religieuse; les signes de l’entier dévouement à Dieu dont chaque religieux et chaque religieuse doit faire preuve, et finalement, l’acceptation de la progressive interculturalitéde la vie religieuse, base de départ pour servir la paix.
L’authentique «carte d’identité» du religieux est l’entier don à Dieu: une donation qui implique toutes les phases de la vie, et pour cela, la totalité de la vie elle-même.
Il s’agit de passer d’un «songe» à un «projet». Ce passage semble réalisable à condition que tous les religieux et les religieuses sachent être «pauvres en esprit»,

1.3 Le témoignage de la vie monastique comme annonce de la grâce qui libère et sauve

L’Archevêque Job de Telmessos, représentant permanent du Patriarcat œcuménique au Conseil œcuménique des Eglises, précise que ce qu’il va dire du monachisme dans l’orthodoxie peut s’appliquer aussi aux autres traditions.
Georges Florovsky, aimait définir le monachisme comme un «maximalisme évangélique», alors que le Père Placide Deseilleparlait volontiers d’un «Évangile au désert» pour illustrer la vie des premiers pères monastiques.
Cependant, le renoncement au monde des moines et des moniales n’implique pas un retranchement du monde dans l’Orthodoxie. Les moines et les moniales vivent dans le monde sans être du monde (Jn 17,11-19).
Le monachisme, par sa vocation d’être un phare pour le monde, témoigne et annonce la grâce qui libère et qui sauve. Saint Syméon de Thessaloniqueestimait que la tonsure monastique confère la grâce, l’illumination et la joie céleste.

Monachisme et la véritable connaissance de Dieu
On raconte qu’un jour un professeur renommé de théologie se rendit au Mont Athos, cette république monastique en Grèce qui est le cœur spirituel du monde orthodoxe. Là, il rencontra un vieux moine, saint Païssios. On le présenta comme un «théologien». L’ancien répliqua: «Un théologien ? Ah, une belle fleur… artificielle»! Puis il ajouta: «Avec un parfum… artificiel!». Le professeur, qui était un homme humble, se prosterna et garda le silence. Il avoua plus tard que cette parole de l’ancien l’avait touché et avait changé toute sa manière d’enseigner.
Au quatrième siècle, Évagre le Pontiqueaffirme: «Si tu es théologien, tu prieras en vérité, et si tu pries en vérité, tu es théologien». C’est à travers la prière, à la fois personnelle que liturgique, qu’on arrive à la connaissance de Dieu qui est la véritable théologie.
La prière est l’aspect fondamental de la vie chrétienne dont la vie monastique n’est qu’un paradigme. Pour saint Grégoire Palamas, le commandement de saint Paul – «Priez sans cesse» (1 Th 5,17) — doit être appliqué à tous les chrétiens sans aucune exception. Grégoire le Théologienenseigne qu’il nous faut, dans la prière, nous souvenir du nom de Dieu plus souvent que nous prenons notre respiration.
La pratique la prière continuelle sera recommandée aussi aux laïcs : avoir constamment présent à l’esprit le souvenir de Dieu. C’est dans la seconde partie du XXe siècle que la Philocalie fut vraiment diffusée.

Monachisme et témoignage de la miséricorde de Dieu
La tradition orthodoxe compare la vie monastique au retour du fils prodigue dans la demeure du Père.
«Seigneur, hâte-toi de m’ouvrir tes bras paternels, car j’ai follement dépensé toute ma vie. Considère le trésor inépuisable de ta pitié, Sauveur, ne méprise pas la pauvreté de mon cœur. Vers Toi, Seigneur, je crie plein de componction : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi»!
La vie monastique, en tant que vie par excellence du repentir, est aussi un témoignage de la compassion du Père céleste. C’est pourquoi les moines ont souvent témoigné de la miséricorde de Dieu par leurs activités caritatives et leurs actions de solidarité envers les démunis, les orphelins, les malades, les personnes âgées.
Ce témoignage de la miséricorde divine à travers l’activité philanthropique du monachisme annonce au monde la miséricorde divine qui par sa grâce guérit, libère et sauve. Aujourd’hui le monachisme est appel à témoigner encore davantage de la miséricorde par des œuvres de miséricorde.

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Monachisme en paix avec la création
Un autre aspect fondamental du monachisme est son témoignage d’une vie en paix ou en harmonie avec la création. Un jour, alors que le Saint Gérasime du Jourdainse promenait sur la rive du Jourdain, un lion terrifiant se présenta devant lui, hurlant de douleur et lui montrant sa patte enflée, car une pointe de roseau s’y était enfoncée. Rempli de la même compassion que Dieu éprouve envers chaque créature, Gérasime retira l’épine, nettoya la plaie et la banda, puis il congédia la bête. Mais le lion, plein de reconnaissance, ne voulut plus le quitter. Il le suivait partout comme un disciple exemplaire et, converti de sa férocité naturelle, il ne mangeait plus que du pain et des légumes.
Un autre exemple est celui de saint Séraphin de Saros qui nourrissait un ours effrayant. Cette harmonie que certains moines ont expérimentée avec la création manifeste l’harmonie d’Adam, le premier homme, avec la création avant la chute.
Pour cette raison, il n’est pas surprenant de constater que la création, le cosmos, occupe une place considérable dans les anciennes anaphores eucharistiques.
Le Patriarche Oecuménique Bartholomée, qui pour sa sensibilité à la cause environnementale a reçu à juste titre le surnom de «patriarche vert», a appelé l’humanité tout entière à développer un éthos ascétique. Les moines doivent en donner l’exemple, par l’observance des commandements de Dieu, la pratique de la prière incessante et à vivre la liturgie, selon son rythme, sans oublier le jeûne.

1.4 Echange et prière avec la Christus Bruderschaft

Sœurs Christine et Véronique parlent de l’engagement pour la paix de la Christus Bruderschaft, suite à une rencontre à Londres du mouvement «Church and Peace», dont la commuanuté membre. Au centre des préoccupations, les questions des réfugiés et la relation avec les pays de l’est.
Sœur Nicole participe au réseau «Ensemble pour l’Europe» composé de communautés et mouvements. La Bruderschaft en fait partie dès le début, au lendemain de la signature de la Déclaration commune sur la justification, où des mouvements catholiques et protestants ont décidé de mieux se connaître. Deux défis: une unité plus profonde du peuple de Dieu. Puis donner un témoignage à l’Europe. Il s’agit aussi de mieux connaître les chrétiens en Europe de l’Est.
Sœur Suzanne, le responsable des novices, présente une formation œcuménique, deux fois par an. L’échange des expériences et des questions est très enrichissant.
Sœur Christine partage son expérience des rencontres de CIR, l’équivalent anglophone des EIIR.
Comment se vivent les relations dans la maison-mère où vivent 60 sœurs? Des petits groupes, «des cellules» entre 5 et 8 sœurs ont été formés. On y mange, prie, partage, joue une fois par semaine.

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Comment les sœurs vivent-elles leur vocation à l’unité? Les relations œcuméniques sont bonnes, car c’est une des vocations fondamentale de la communauté. Les relations sont locales, régionales, et nationales. La Bruderschaft participe à la Communauté de travail des Eglises en Allemagne. Sur le plan international, des sœurs participent aux rencontres de la Fédération luthérienne mondiale et du Conseil œcuménique des Eglises.
Quels sont les critères pour entrer dans la communauté? D’abord recevoir une vocation du Christ à vivre en communauté. Une formation complète préalable est demandée. En principe les femmes doivent avoir moins de 40 ans, mais ce n’est pas une règle absolue. Quelle vertu est demandée : avant tout être prête à suivre le Christ. être prête à vivre avec les sœurs et à se remettre en question.
Cet échange est suivi par un temps de prière dans l’Eglise de la maison-mère. Une prière très simple: la lecture de la prière pour l’unité de Jésus dans l’Evangile de Jean (ch. 17), suivie d’un quart d’heure de silence absolu. Un moment bienfaisant où nous avons pu laisser l’Esprit agir. L’unité n’est-elle pas d’abord son don auquel nous avons à répondre par notre vie entière?

 

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II. DU MUR DE BERLIN AUX NOUVEAUX MURS

La Visite du village de Mödlareuth, non loin de Selbitz, surnommé le «petit Berlin», séparé en deux au lendemain de la guerre, a été un moment marquant de la rencontre. Dès 1949, à la création de la République démocratique d’Allemagne, suite à l’émigration vers l’ouest, la frontière est fermée. Une palissade est construite, puis des barbelés et un mur en 1966. Le mur est rasé en juin 1990. Un pan a été conservé au «Musée allemand – allemand».

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2.1 Briser les murs : le chemin des Eglises en Europe.

«Ici je vois ce que je n’ai pas vu depuis longtemps: l’œcuménisme en pratique», s’exclame Rudiger Noll, ancien directeur de la Commission «Eglise et Société» de la Conférence des Eglises Européennes (K.E.K.), Coordinateur des Académies protestantes allemandes.
Il se souvient de l’accueil du Métropolite Emilianos Timiadis, un des deux                             fondateurs de l’EIIR, qui l’a accueilli chez lui durant deux ans, lorsqu’il a travaillé au Conseil œcuménique des Eglises à Genève. «C’est grâce à lui que j’ai eu la meilleure introduction possible à l’orthodoxie…également ma seule expérience monastique».
La crise actuelle de l’Europe est une accumulation de plusieurs crises: économique, réfugiés, pas de politique commune étrangère et de sécurité, pas de vision pan-européenne.
Les défis sont, entre autres, le réveil des nationalismes, le fossé grandissant entre riches et pauvres, la démocratie déficiente, la montée du populisme avec son message de peur.
Quelle est la réponse des Eglises ? Bien avant la chute du mur de Berlin, elles avaient refusé cette division et mis en avant le principe d’égalité de tous. Egalement la reconnaissance de valeurs comme la justice, la liberté, la tolérance, la solidarité, la participation. Elles invitaient à une attitude positive vis à vis des membres d’autres religions et cultures. Elle soulignait l’importance des contacts personnels et du dialogue au lieu de la violence pour résoudre les conflits.
La première rencontre de Bâle entre la Conférence des Eglises européenne et les Conférences épiscopales catholiques eut lieu six semaines avant la chute du mur et a affirmé cela avec force, en 1989.

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Les rencontres de Graz en 1997 et de Sibiu en 2007 prolongèrent ce mouvement. La Charte œcuménique européenne propose une vision de l’Europe: «Sur la base de notre foi chrétienne nous travaillons pour une Europe humaine et socialementconsciente, dans laquelle prévalent les droits de l’homme et la valeur fondamentale de la paix, de la justice, de la liberté, de la tolérance, de la participation et de la solidarité».
Quelle est l’attente des politiciens? Le traité de Lisbonne s’engage à un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les Eglises et les communautés de foi et de conviction. L’Europe compte sur les Eglises!
L’Europe a besoin d’un nouveau récit. De même le mouvement œcuménique. Comment l’Eglise peut-elle donner l’exemple? Quelle contribution peuvent apporter les communautés monastiques?
Rüdiger Noll propose une nouvelle vision pour l’œcuménisme et pour l’Europe à partir d’une méditation de l’icône de la trinité. Elle est une sans division, ni confusion, ni compétition. Les trois personnes sont reliées dans une harmonie, dans l’amour. On ne sait pas exactement qui est le Père, le Fils et l’Esprit.
En Actes 2 la communauté suit ce modèle de communion. C’est en accueillant des étrangers qu’Abraham et Sarah firent l’expérience de la venue de la Trinité. Voici la promesse de la philoxenia, de l’hospitalité: accueillir le Dieu trois fois saint !
Inviter, rencontrer, visiter, partager le meilleur est la vocation de l’Eglise, mais aussi de l’Europe. Le mouvement œcuménique doit redécouvrir cette hospitalité. C’est Dieu qui invite en Christ.
C’est ce que les politiciens attendent. Et ils demandent à l’Eglise de les aider!
Rüdiger Noll croit surtout à la vertu de la rencontre. Un «Kirchentag» européen est en train d’être organisé pour 2023. On attend une centaine de milliers de personnes. Il est très intéressé par l’œcuménisme porté par le peuple de Dieu. Sa vision de l’Europe ne se limite pas à l’Union européenne, mais elle est pan-européenne. Il critique le manque de sensibilité de l’UE aux questions de l’Europe de l’Est.

2.2 Quelles valeurs pour l’Europe?

En écho à cette conférence le Métropolite Athenagoras estime que nous avons besoin d’une nouvelle vision de l’Europe: la dernière assemblée de la KEK à Novi Sad l’a affirmé. L’icône de la Trinité était bien présente. Mais il regrette que l’Eglise catholique ne participe pas à ce forum.
Mgr Philippe Kocsis, archevêque grec-catholique de Hongrie, craint qu’insister sur les valeurs conduit à perdre la foi en Christ : peut-on trouver la liberté, la paix, la justice sans le Christ? C’est d’abord le Christ que je dois donner à l’Européen. Or on perd la foi dans le Christ, également dans l’Eglise! Notre mission première est de donner le Christ.

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Mais comment communiquer notre foi à des personnes très sécularisées, se demande Rüdiger Noll? Il constate que la religion donne un centre à la vie des personnes. Comment traduire la religion dans leur langage? Certes il n’y a pas de liberté sans le Christ, mais nous devons le communiquer d’une manière accessible au monde.
Selon Sœur Catherine Rotaru, moniale de l’Eglise orthodoxe roumaine, la crise de l’Union européenne est spirituelle. Il faudrait que les valeurs chrétiennes, universelles soient introduites dans le Traité de Lisbonne, comme au commencement.

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Une longue discussion a eu lieu s’il fallait, oui ou non, introduire la mention des valeurs chrétiennes dans l’introduction au Traité de Lisbonne. La France et la Belgique le rejetaient fermement. Le risque constant du politique est d’instrumentaliser le christianisme.

2.3 A l’époque de l’Allemagne divisée

En soirée, Soeur Regina-Bernadette Luksch (petite sœur de Jésus) témoigne des restrictions pour les chrétiens sous le régime communiste en Allemagne de l’Est. Une vie à deux visages, où l’on se méfiait les uns des autres! À Berlin le mur était devenu une réalité physique pour elle.
«Ma vocation a commencé avec un contact avec les petites sœurs de Jésus. La relation avec elles était comme une goutte d’eau fraîche. Je suis alors entrée dans une communauté à Berlin-Est, alors que celle-ci était interdite. Des sœurs venaient de l’Ouest, mais celles de l’Est ne pouvaient pas sortir. Cela devenait une souffrance insupportable».
Les Eglises étaient devenues des lieux de paix et de prière. Le 4 novembre 1989 quatre millions de personnes ont manifesté dans Berlin. «Pour la première fois j’ai senti des chaînes tomber. Même les policiers étaient avec les manifestants», se souvient-elle. Le 10 novembre je me suis rendu à Berlin après la chute du mur le jour précédent. Mais elle était sûre qu’on ne la laisserait pas passer à l’ouest.
«Pour moi c’était comme l’image du chapitre deux d’Esaïe: tous ensemble se dirigent vers Sion. C’était une très forte expérience de l’exode. Mais nous savions qu’après la sortie il y aurait les 40 ans de désert. Le spectacle de la société de consommation m’a rendue physiquement malade. Je n’était pas capable de l’assumer, moi qui manquais de tout auparavant. Mais je remercie Dieu d’avoir vécu cette libération. Vivre maintenant dans une congrégation internationale me donne une grande joie. L’avenir de l’Eglise est là».

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Sœur Ruth (de la Communauté des diaconesses de Neudettelsau) se souvient que les  diaconesses de l’Ouest soutenaient les maisons diaconales de l’Est. Un jour une réunion des novices des deux Allemagnes a eu lieu. Chaque année elle se rendait à l’Est pour visiter les sœurs. Mais pour celles ci il fallait avoir au moins 65 ans pour visiter l’Ouest. Passer la frontière était une expérience pénible: plusieurs longs contrôles, avec des chiens… Il fallait changer l’argent mais on ne pouvait emporter les marks de l’Est vers l’Ouest. On savait qu’on était surveillé. Tous nos déplacements étaient surveillés. On faisait  tout pour nous montrer le bon côté des choses en nous confinant dans des hôtels.
SoeurMyriam, de la Christus Bruderschaft, se souvient de l’impression de froideur de la frontière quand elle visitait ses grands parents qui y habitaient à quelques kilomètres. Elle est devenue marraine d’un enfant de l’Est.
«Dans le train la fouille était sévère. C’était honteux. Lors du changement de régime, la communauté était très émue. Des foules de l’est ont envahi Selbitz et Hof. Le mois de novembre 1989 était très froid et les routes étaient bouchonnées avec des Trabant, où les gens, à peine habillés, grelottaient! Mais on les aidait avec une grande joie. Les familles ont ouvert leurs maisons et offert des lits. Comme des frères et sœurs. La nuit de Noel quatre sœurs ont traversé la frontière. Dans une caserne elles ont vu des soldats de l’Est et de l’Ouest en train de fraterniser autour d’une «Stollen» (un gâteau de Noël). Elles leur ont demandé si elles pouvaient changer des chants de Noël».

2.4 Détruire les murs : accueillir les migrants

Deux sœurs de la Christus Bruderschaft, Sœur Gertrude et Soeur Edith présentent l’engagement de la communauté en faveur de migrants. Au début de l’afflux des réfugiés en Allemagne, ceux-ci ont été accueillis par toutes les couches sociales. Une vraie «culture de l’accueil» a ainsi été vécue. En 2015, une enquête a indiqué que six personnes sur dix n’avaient pas peur des migrants. Une grande majorité estimait aussi qu’il est bon de les aider et de mettre en œuvre des moyens légaux pour les accueillir.
Mais accueillir des personnes gravement perturbées par la guerre ne va pas de soi. La peur a été attisée par des populistes. Entre temps, les politiques ont changé. On ne parle plus du besoin d’être protégé, du droit d’asile, mais plutôt de rapatriement. De nouveaux murs ont été érigés…également dans les têtes et les cœurs. Mais grâce à Dieu, des personnes sont toujours prêtes à s’engager en faveur des réfugiés.
Pour la Christus Bruderschaft, la question des réfugiés est devenue concrète le jour où lui a demandé d’accueillir Mariam, une irannienne qui a dû fuir son pays suite à sa conversion au christiannisme. C’était un signe de Dieu, à une époque où il n’y avait aucun réfugié à Selbitz. Le maire de la petite ville et la prieure de la communauté ont invité la population à une rencontre pour en discuter. Puis des familles ont été accueillies, ainsi que des célibataires. En tout 52 adultes et 23 enfants.
Plus tard, la communauté a décidé d’ouvrir une aile de sa maison pour trois femmes syriennes et leurs enfants. Elles ne parlaient que l’arabe! Comment se faire comprendre? Il a fallu mettre en place toute une organisation pour les aider dans les tâches quotidiennes. A travers Mariam, un jeune afghan est venu à la foi et a été baptisé le jour de Noël 2015. Contre toute attente, il a été accepté comme réfugié par les autorités. Il travaille aujourd’hui dans la cuisine de la Communauté. Un bel exemple d’intégration! Son esprit serviable est apprécié par tous.
Qu’ont appris les sœurs au contact des réfugiés? Leur sens de l’hospitalité, une autre manière de vivre la ponctualité, la gratitude de vivre dans un pays en paix, une compréhension plus différenciée de l’Islam, un apprentissage concret d’une prière pour la paix et la justice, prendre position contre des préjugés,  se faire de nouveaux amis qui élargissent l’horizon, collaborer avec des réseaux qui ont les mêmes buts.
«Seul celui qui défend les juifs peut entonner un chant grégorien avec moi», affirmait Dietrich Bonhoeffer.Ce qu’il disait des juifs pendant la guerre, peut s’appliquer aux réfugiés aujourd’hui !
Après cet intense exposée, le Métropolite Athénagoras informe qu’avant hier, à Bari, le Pape François a invitée Patriarche Oecuménique Bartholomée et les primats des Eglises du Moyen Orient à prier avec lui pour cette partie du monde, où les chrétiens ne cessent d’émigrer. Il souligne le caractère exemplaire de l’engagement des sœurs de Selbitz. Nous avons à accueillir non seulement les chrétiens, mais aussi les non-chrétiens. On risque un nouveau rideau de fer quand des pays européens refusent les étrangers.
A Novi Sad, l’Assemblée Générale de la Conférence des Eglises en Europe – à laquelle Mgr Athenagoras vient de participer –  a pris position à ce sujet. L’archevêque anglican Justin Welby a parlé du devoir de l’hospitalité. Dans l’Evangile on a tant d’exemples: le bon samaritain qui n’a pas fait de distinction et surtout le Christ qui a été à la rencontre de tous.

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Mgr Philippe Kocsis parle des nouvelles barrières en Europe. La situation de son pays est compliquée. L’année dernière il a visité des Eglises au Moyen Orient. Leurs dirigeants lui ont dit que la tâche de l’Europe n’est pas d’intégrer les réfugiés mais de les aider à retourner au Moyen Orient. Le souci de l’Eglise du Moyen Orient est de ne pas perdre les chrétiens qui émigrent. Bien sûr, la tâche de chaque chrétien est d’accueillir l’étranger, mais il faut aussi réfléchir sur les causes de cette émigration. Il faut plutôt aider les personnes chez elles. C’est ce que fait le gouvernement hongrois qui a construit des écoles en Syrie et en Irak.
Sœur Christine Marie pense que nous sommes dans un «temps de guerre» à cause des réfugiés. Or que fait-on dans une guerre ?…soit on collabore, soit on résiste. Contre la déshumanisation, nous avons à opposer une résistance de miséricorde. Elle donne quelques exemples de cette résistance.

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2.5 Le message de la justification par la foi dans une société sécularisée et indifférente.

Le Pasteur Jean-François Breyne, membre du Conseil national de l’Eglise Protestante Unie de France, se demande si notre situation de sécularisation est                                                                                                                   une défaite ou une chance? Plutôt une chance! L’orateur n’est pas de ceux qui appellent à une rechristianisation de l’Europe. Mais le second piège est celui de la tour d’ivoire.
Rappeler le oui profond que Dieu dit au monde, voici le message de la justification: Sola gratia! Soyons des veilleurs pour dire qu’un autre regard sur le monde est possible! Personne ne peut être réduit à ses échecs et ses errances : tel est pour lui le message central de l’Evangile.
Il ne s’agit pas d’imposer, mais de proposer et d’exposer nos convictions, dans la rencontre avec les convictions d’autrui. En un mot, être des témoins dans une laïcité ouverte.

Notre société actuelle
Nous vivons dans un monde, non pas indifférent, mais saturé d’informations: le déluge médiatique.
Notre société est aussi hyper émotive et réactive. Elle est fascinée par le spectacle de la violence, alors que celle-ci est en baisse depuis 50 ans. Le problème est la dominance du sensationnel et de l’émotionnel, et de la saturation du sens qui en découle. Notre temps présent est marqué par l’accélération du réel. La société est très consciente sur ses moyens, mais parfaitement aveugle sur ses buts.

Comment proposer le message central?
La question de la justification par la foi est-elle encore d’actualité? Un slogan pourrait la résumer pour aujourd’hui: «Pas à vendre»! Le salut, l’homme et la création ne sont pas à vendre. C’est sous ce thème que la Fédération luthérienne mondiale a placé la commémoration des 500 ans de la Réforme.

Le Pasteur Jean-François Breyne propose sept thèses:
1. Nous avons à transmettre ce message de l’Evangile ensemble, de manière œcuménique. Egalement en reconnaissant l’image de Dieu en chaque être humain. Ensemble avec et non contre le monde.
2. Conviction et tolérancene s’excluent pas. La vraie tolérance ne peut se vivre qu’entre personnes de conviction
3. Ne laissons pas l’éthiquenous dresser les uns contre les autres! L’éthique, c’est apprendre à se comporter les uns avec les autres pour être en relation avec toujours plus de profondeur.
4. Répondre dans l’humilité d’une rencontreconcrète, où chacun est reconnu et écouté. Nous ne sommes que la somme de nos rencontres. Croire aux vertus de la rencontre interpersonnelle. Redécouvrir la force des petites communautés.
5. Le jeûne et la prière. Le jeûne de la consommation médiatique… pour tous, aussi pour les religieux! Gardons-nous de l’illusion médiatique: soyons présents pour être témoins…non pour exister! «La prière sauvera l’Eglise. Prier c’est exister devant Dieu et se déclarer accessible à lui … c’est ce oui à Dieu qui l’autorise à me transformer» (Daniel Marguerat). Nous avons besoin des communautés de silence.
6. La Parole. Nos prédications et études bibliques doivent être renouvelées. Apprendre à dire les choses avec simplicité, sans simplification. La clé herméneutique c’est le Christ. La parole aussi avec p minuscule : apprendre l’art de la «disputatio» au sens noble, que la différence peut nous enrichir
7. Le Symbole. Le drame de nos sociétés est qu’elles sont désymbolisées. L’Eglise doit proposer des symboles pour désigner autrement le Christ.

L’agapè est le bois du piquet dans lequel sont taillés tous les autres. Réinvestir le mot de charité. Réinventer de nouvelles confréries, micro-communautés de charité, laboratoire d’une autre sociabilité possible, afin de réapprendre la bienveillance.

III. NOUVELLES

3.1 Eglise protestante unie de France

Jean-François Breyne a présenté l’Eglise protestante unie de France, née de la fusion en 2012 entre l’Eglise réformée de France et l’Eglise luthérienne. Le protestantisme est une minorité de 3% en France et le luthéranisme une minorité dans la minorité (10% du protestantisme).
Ses précédents sont la Communion permanente Luthéro-réformée et la Concorde de Leuenberg qui reconnaissent une pleine «communion de chaire et d’autel». En 2007 les deux Eglises convoquent leurs deux synodes dans une même salle. Les séances communes parlent de l’union qui est alors décidée. En 2013 a eu lieu le premier synode.
Que signifie «unie»? une seule structure administrative et une seule commission des ministères. Mais chaque paroisse conserve sa liturgie.
Deux choses lui semblent importantes: certaines controverses doctrinales de la Réforme étaient devenues caduques. Et union ne signifie pas uniformité: il y aura diversité de liturgies. Enfin il faut laisser le temps au temps…parfois cela va plus vite  qu’on le pensait.

3.2 Communauté du Chemin Neuf

Quatre nouvelles œcuméniques sont données par Sœur Kinga Lakatos et Frère Gabriel Muller, de la Communauté du Chemin Neuf (CNN).
D’abord la chaire de théologie œcuménique au Centre Sèvres, à Paris. «Nous avons besoin les uns les autres pour avancer ensemble vers la vérité tout entière», dit Anne-Cathy Graber, membre de la CCN.

Une initiative pour les jeunes dans les pays germanophones: «Manifeste Mission. 10 thèses pour le comeback de l’Eglise». L’Eglise catholique doit devenir davantage missionnaire: d’abord aller vers les personnes et annoncer Jésus… et non un humanitarisme. Les Eglises libres qui osent le faire sont une inspiration pour l’Eglise catholique. Sortir et retrouver la joie de l’Evangile, comme le dit le Pape François.
En Suisse le Salesianum, autrefois un séminaire, est devenu un centre pour étudiants géré par la CNN. Un dialogue avec l’Institut d’études œcuménique de Fribourg a été noué. Une chapelle avec une iconostase peinte par un roumain a été ouverte.
Pour répondre à l’attente des jeunes, la CNN a participé à un rassemblement de 350 jeunes pour préparer le prochain synode sur la jeunesse.

3.3 Ukraine

Taras Dmytryk parle de la situation complexe de l’Ukraine. Il y a trois dangers en Ukraine : la guerre, le populisme et la corruption. Et un grand défi: deux millions de réfugiés internes qui perturbent la vie du pays. La réconciliation, comment la vivre en Ukraine? Elle n’est pas possible pour le moment!  Les bombardements ont continué ces jours…
La question de la division de l’Eglise orthodoxe en Ukraine est lancinante: comment réunir les trois Eglises divisées? On s’est adressé au patriarche Bartholomée pour les aider à progresser vers l’autocéphalie, car l’Eglise de Constantinople est l’Eglise Mère. Les Eglises s’accordent sur le fait qu’il faut restaurer son unité, même celle qui est reliée au patriarcat de Moscou. «Ce processus demande patience, silence et prière. Il faudrait un miracle pour que l’Eglise russe accepte cette unification».
Taras présente ensuite l’Institut d’études œcuméniques de Lviv, fondé par Antoine Arjakovsky en 2005. Son colloque a été consacré, cette année, aux familles interconfessionnelles, nombreuses en Ukraine.

3.4 «Jésus célébration 2033»

Le Pasteur suisse Martin Hoegger partage la vision de «Jésus Célébration 2033» d’inviter toutes les Eglises et les mouvements à célébrer ensemble le Christ ressuscité à l’occasion des 2000 ans de sa résurrection, en 2033. Le 17 avril 2033 (ou 24 avril dans l’Eglise orthodoxe) est une date symbolique pour toute la chrétienté, même s’il est fort probable que le Christ soit mort et ressuscité à une autre date. Mais c’est la date traditionnelle.

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En 1933 et en 1983, l’Eglise catholique a en effet célébré une année jubilaire. Sera-t-il possible de célébrer un jubilé œcuménique en 2033 ? Pour sensibiliser les responsables des Eglises, une petite équipe a pris son bâton de pèlerin et visite les responsables des Eglises, ainsi que les communautés et les mouvements d’Eglises.
Un site internet en douze langues donne des nouvelles de ce projet :  https://www.jc2033.world

 

IV. VIE DE PRIERE ET LITURGIQUE

Le Pasteur Martin Hoegger a animé quatre lectio divine participatives sur l’Evangile de Marc, au moyen d’un livret de l’Ecole de la Parole en Suisse romande: «Au milieu du monde». Chaque texte a été mis en lien avec un aspect de la vie de Nicolas de Flue, ce grand saint suisse dont on a commémoré le 600eanniversaire de sa naissance en 2017. (voir : lectio divina)
Le célèbre tableau de la roue sur lequel frère Nicolas méditait pour «vivre à partir du centre» a accompagné ces moments. Le centre à partir duquel frère Nicolas a vécu est le visage de l’amour de l’amour de Dieu révélé par Jésus-Christ.
C’est lui qui unifie notre vie en nous réconciliant avec Dieu et en nous introduisant dans la communion trinitaire. C’est lui aussi qui nous ouvre à nos prochains pour vivre le pardon, la fraternité et l’entraide. Une profonde communion a été vécue entre nous à travers ces temps d’écoute, de silence, de partage et de prière. Elle a approfondi notre aspiration à une pleine communion eucharistique.
Nous avons participé aux offices matinaux de la communauté de Selbitz et aux liturgies de nos Eglises sans recevoir le sacrement. Le samedi, une eucharistie fut célébrée dans l’Eglise catholique de Selbitz. Le dimanche, une liturgie orthodoxe présidée par l’Archevêque Job nous a rassemblé dans la chapelle de la Communauté de Selbitz. Et le lendemain une sainte cène protestante, dans le même lieu. Célébration conclue par une vibrante intercession les uns pour les autres, pour nos Eglises et communautés et pour ce monde que Dieu aime.

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ENVOI

En guise d’envoi, laissons la parole au Métropolite Athénagoras, le président de l’EIIR qui a annoncé qu’il se retirait du comité après plus de 20 ans d’engagement:
«Nous avons reçu un accueil merveilleux par la communauté de Selbitz. Le lieu est magnifique. Il y a eu une harmonie entre les conférences, la lectio divina, la prière, le partage. Je suis heureux de voir davantage de participants protestants, ainsi que des jeunes. Que la prochaine fois, nous venions, chacun, avec un jeune, sinon l’œcuménisme devient un club que d’anciens! L’harmonie n’était  pas seulement dans le programme, mais aussi dans nos relations les uns avec les autres. Tout était en harmonie comme nous l’avons vu dans le symbole de la roue et dans l’icône de la Trinité. Gloire à son nom et merci à tous»!

IMG-5327La prochaine rencontre de l’EIIR aura lieu en juillet 2020, dans un lieu à déterminer en Suisse. Pour les 50 ans de l’EIIR, une journée sera vécue dans la communauté de Grandchamp où a eu lieu la première rencontre.

Compte-rendu par Martin Hoeggermartinhoegger@bluewin.ch

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LE DERNIER NUMERO DE L’EIIR NEWS

10 mars 2018

Cliquez ici pour le bulletin N°18 – mars 2018

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LA PROCHAINE RENCONTRE A SELBITZ (D)

16 janvier 2018

«Jésus Christ, notre justice. La vie consacrée comme expérience de grâce»

LA 37° RENCONTRE DU 4 – 10 JUILLET 2018

Communität Christusbrüderschaft
Gästehaus
Wildenberg 33
95147 Selbitz
Allemagne

Site web: https://christusbruderschaft.de

___________________________________

Les Conférences:

  1. Perte et redécouverte de la vie consacrée dans les Eglises de la Réforme (Soeur Nicole Grochowina, soeur de la Communauté de Selbitz et historienne).
  2. Le message de la «justification par la foi» dans une société sécularisée et indifférente (Pasteur Martin Junge, secrétaire général de la Fédération Luthérienne Mondiale – Genève) (doit être confirmé).
  3. Le témoignage de la vie consacrée comme annonce de la grâce qui libère et sauve (Archevêque Job de Telmessos, représentant permanent du Patriarcat Oecuménique auprès du Conseil Oecuménique des Eglises – Genève).
  4. Justice de Dieu et justice parmi les hommes. La vie consacrée au service de la  réconciliation, de la miséricorde et de la paix (doit être confirmé).

Lectio Divina:

Pasteur Martin Hoegger (Suisse).

Tables rondes:

« Briser les murs ».  

  • Réunification  de l’Allemagne : (Pasteur Eckhart Altemüller – Fürstenberg(doit être confirmé).
  • Accueil des migrants : (Pasteur Eckhart Altemüller – Fürstenberg(doit être confirmé).
  • Chemin des Eglises en Europe : (Pasteur Rüdiger Noll, ancien Directeur de la Commission Eglise et Société de la Conférence des Eglises Européennes – Berlin); Archevêque Job de Telmissos, co-président de la Commission mixte internationale de dialogue entre l’Eglise catholique romaine et l’Eglise orthodoxe).

 

Cliquez ici pour le programme complet.

REUNION DU COMITE ORGANISATEUR A BRUXELLES

16 janvier 2018

Depuis le dimanche 14 jusqu’au mardi 16 janvier 2018, le Bureau de l’EIIR s’est réuni au siège de l’Archevêché Orthodoxe de Belgique et Exarchat des Pays-Bas et du Luxembourg, à Bruxelles (Belgique), où le Métropolite Athénagoras l’a accueilli très fraternellement avec ses proches collaborateurs.

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Le Métropolite Athénagoras, Sœur Bénédicte, le Père José Maria et Bernadette ont finalisé les préparations de la prochaine Rencontre, qui aura lieu du 4 au 10 juillet 2018 à Selbitz en Allemagne. Le thème choisi est «Jésus-Christ, notre justice. La vie consacrée comme expérience de grâce».

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Ils ont d’abord reçu un petit rapport de la part du Père José Maria et Bernadette Delizy, qui se sont rendus au mois d’août 2017 à Selbitz pour visiter les lieux de la Rencontre de 2018 et pour finaliser les aspects pratiques de celle ci.

Le Comité Organisateur a mis à jour le site web de l’Association, annonçant la prochaine Rencontre, son programme et le bulletin d’inscription.

Le bulletin E.I.I.R. News vous parviendra dans 10 jours.

LA PROCHAINE RENCONTRE EN 2018

22 juin 2017

LA 37° RENCONTRE DU 4 – 10 JUILLET 2018

A SELBITZ (ALLEMAGNE) 

«Jésus Christ, notre justice. La vie consacrée comme expérience de grâce»

Communität Christusbrüderschaft
Ordenshaus
Wildenberg 23
95152 Selbitz
Allemagne

Site web: https://christusbruderschaft.de

___________________________________

LE PROGRAMME PROVISOIRE

Conférences:

  1. Perte et redécouverte de la vie consacrée dans les Eglises de la Réforme.
  2. Le message de la «justification par la foi» dans une société sécularisée et indifférente.
  3. Le témoignage de la vie consacrée comme annonce de la grâce qui libère et sauve.
  4. Justice de Dieu et justice parmi les hommes. La vie consacrée au service de la  réconciliation, de la miséricorde et de la paix.

Lectio Divina:

Pasteur Martin Hoegger.

Tables rondes:

« Briser les murs ».  

  • Réunification  de l’Allemagne.
  • Accueil des migrants.
  • Chemin des Eglises en Europe.

           

 

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REUNION DU COMITE ORGANISATEUR

22 juin 2017

Depuis le mardi 20 juin 2017, le Bureau de l’EIIR s’est réuni dans la Communauté des Missionnaires Clarétains de Grenade (Espagne), où le Père José Maria l’a accueilli très fraternellement avec ses frères et les jeunes étudiants de la Congrégation.

Le Métropolite Athénagoras, Sœur Bénédicte, le Père José Maria et le Père Syméon, ont fait l’évaluation de la dernière Rencontre, tenue en Estonie en 2016, et ont remercié une fois de plus Son Eminence le Métropolite Stéphanos de Tallinn et de toute l’Estonie pour le chaleureux accueil et l’attention qui fut prodiguée durant tout le séjour.

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Le Bureau a ensuite établi un projet de programme pour la prochaine Rencontre, qui aura lieu du 4 au 10 juillet 2018 à Selbitz en Allemagne. Le thème choisi est « Jésus-Christ, notre justice. La vie consacrée comme expérience de grâce ».

Le Comité Organisateur a mis à jour le site web de l’Association, annonçant la prochaine Rencontre et son programme provisoire, et en intégrant tous les bulletins E.I.I.R. News publiés dès l’année 2001.

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Il a été décidé que le Père José Maria et Bernadette Delizy se rendront au mois d’août 2017 à Selbitz pour visiter les lieux de la Rencontre de 2018 et pour finaliser les aspects pratiques de celle ci.

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LE BULLETIN ‘EIIR NEWS’ N°17 (2016)

15 août 2016

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Bulletin ‘EIIR NEWS’ à propos de la dernière Rencontre qui s’est tenue à Tallinn en Estonie au mois de juillet 2016.

CLIQUEZ ICI POUR LE BULLETIN ‘EIIR NEWS’ N°17

LA 36e RENCONTRE EIIR A TALLINN EN ESTONIE – JUILLET 2016

1 août 2016

 

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36° RENCONTRE DE L’E.I.I.R. NELIJÄRVE – TALLINN (Estonie)
5-10 juillet 2016

Compte-rendu, par le Pasteur Martin Hoëgger

 


OUVERTURE OFFICIELLE DE LA RENCONTRE

Mgr Athénagoras, Président de l’E.I.I.R.

«L’enseignement du Christ peut se résumer en deux sentences : Glorifie le Seigneur et aime ton prochain! C’est humblement que nous devons prier. Cela nécessite de nombreux combats. Dans ses Béatitudes le Christ renverse toutes les idées de bonheur qu’on cherche dans le pouvoir et la richesse». C’est avec ces paroles que le Président de l’E.I.I.R., Mgr Athenagoras (orthodoxe, Métropolite de Belgique et Exarque des Pays-Bas et du Luxembourg, Patriarcat œcuménique), a ouvert cette rencontre sur le thème de la Béatitude «Heureux les miséricordieux».

Nous sommes à Nelijärve, au bord d’un lac, au milieu d’une forêt (où rodent loups et ours !) dans un Centre de vacances près d’Aegviidu, à 40 km de la capitale Tallinn. Un lieu splendide qui témoigne de la grandeur de la création de Dieu et rappelle l’importance du silence et de la vie intérieure.

Trois messages sont lus : celui du Secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale, Martin Junge. Il dit, entre autres, que la célébration du 500e anniversaire de la Réforme se fera de manière œcuménique. Puis celui du Cardinal Kurt Koch, Président du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens : « Le dialogue œcuménique n’est pas seulement un échange d’idées, mais aussi un échange d’expériences spirituelles ». Dans son message le Patriarche Bartholoméos relie la miséricorde de Dieu et le témoignage : « Un aspect essentiel de la Vie religieuse – aussi bien dans la communauté d’un monastère qu’au cœur de la société – est la révélation de Dieu dans le monde. Dieu est reflété par la miséricorde (…). Elle est l’expérience personnelle et l’expression concrète de l’amour de Dieu».

Cette rencontre a lieu suite à une invitation du Métropolite Stephanos de Tallinn et de toute l’Estonie: «Elle a été reçue avec beaucoup de joie par le Conseil des Eglises chrétiennes d’Estonie, dit-il. Chaque fois que nous accueillons un groupe œcuménique, et c’est très rare en Estonie, nous sentons que nous faisons partie du Corps du Christ. Votre présence est un témoignage très fort pour la vie œcuménique de notre pays. Nous avons besoin de votre recherche de l’unité dans l’Esprit–Saint».

Durant le premier office des vêpres, cette belle prière à la Trinité nous rappelle que nous sommes ici pour prier pour l’Unité visible des chrétiens:

Trinité Sainte, Père, Fils et Esprit Saint, Lumière au triple rayonnement, Tu nous révèles combien ton Unité est communion et amour dans le partage d’une riche diversité. Aide nos Eglises à cheminer vers la réconciliation en contemplant, ensemble, Ta vie Trinitaire, en se laissant transfigurer par son rayonnement miséricordieux. Toi qui habites dans nos cœurs comme une semence d’Unité, pour les siècles des siècles. Amen

 

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LA SPIRITUALITE DES BEATITUDES

 

Pasteur Christian Tanon

Le Pasteur réformé français Christian Tanon, de La Fraternité des Veilleurs prononce la première conférence sur l’esprit des Béatitudes. Celles-ci sont au cœur de la spiritualité des Veilleurs, un tiers ordre protestant fondé il y a bientôt 100 ans par le pasteur Wilfred Monod. Elle se résume en trois mots : joie, simplicité et miséricorde. Sous l’impulsion du Pasteur Daniel Bourguet un nouvel élan se vit depuis 1990. Les Veilleurs comptent aujourd’hui 450 membres et autant de sympathisants.

Le Veilleur participe activement à la vie de la communauté locale et y renouvelle la vie de prière. Il s’exerce à maintenir le silence intérieur et est d’abord veilleur de son âme. Il veille sur soi-même et sur ses propres pensées : « Garde ton cœur, car c’est de lui que jaillit la vie »! (Proverbes 5). La Règle comporte trois engagements : a) trois moments de prière par jour, b) consacrer le vendredi par un hommage au Crucifié en se plaçant devant la croix pour méditer le don total de Dieu, c) participer au culte de sa communauté locale.

La JOIE est un don de Dieu : « Heureux ces serviteurs qui veillent ! » (Luc 12). Secrète et profonde, même dans les circonstances difficiles, la joie a ses racines en Dieu. Là où est l’Esprit de Dieu, là est la joie.

La SIMPLICITÉ a deux aspects : sobriété et relation à l’autre considéré comme un frère, une sœur en Christ. Elle s’oppose à la duplicité : « Que ton oui soit oui ! » Pour cela il faut l’aide de l’Esprit-Saint. Elle recherche l’unité intérieure. Son corollaire est l’humilité. Le petit enfant est simple car il place sa confiance dans ses parents (Mat 18). « Garde-nous tout petits devant ta face » : ce chant reflète l’état d’esprit du Veilleur.

 

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La MISÉRICORDE comprend le pardon et la compassion. Dieu fait parfaitement miséricorde. Jésus a touché le lépreux, marché avec nous. Sa miséricorde est pleine de tendresse et de tact. Il la donne sans être intrusif. Avec lui nous sommes à l’école de la compassion de proximité. Il n’a pas cessé d’aimer même ceux qui le renient ou le trahissent. Il faut sans cesse se remettre à son école. Il n’y a pas de miséricorde sans justice. Il faut beaucoup de temps pour vivre le pardon. Il est essentiel d’insister sur la nécessité du temps pour vivre un pardon. Ne pas aller plus vite que Dieu.

Ces trois vertus vont à contre-courant de l’esprit du monde. Il y a une circularité entre elles et elles produisent la lumière quand on les vit (cf. Esaïe 58).

Les BÉATITUDES sont le Credo des Veilleurs. Seul Jésus peut vraiment les dire et il les a toutes vécues. Les dire chaque jour, c’est se rapprocher de Lui. Elles sont un programme de toute une vie. D’autres communautés protestantes chantent chaque jour les Béatitudes: Taizé, Grandchamp, Pomeyrol, les Diaconesses de Reuilly et de Strasbourg.

Les mendiants de l’Esprit font descendre une pluie de grâce.

Les affligés font avancer le Royaume, de manière mystérieuse. La souffrance n’est pas un bien, mais Dieu veut en faire un bien.

La douceur : quoi de moins naturel en nous ? Devant la douceur on est attiré. Les violents n’héritent rien, sinon ce que le monde offre.

La soif de justice met en marche. La soif la plus douloureuse, celle de Jésus, fut aussi la plus féconde.

La Miséricorde rappelle que le non pardon est l’obstacle majeur à l’avance du Royaume. Il est le trophée du Malin. Mais chaque pardon donné est une victoire.

Les cœurs purs. Comment discerner le Royaume au milieu de tant de voix dissonantes? Nous avons besoin de la prière des cœurs purs, qui ne détournent pas la lumière divine.

 

Les artisans de paix ne se contentent pas d’enterrer la hache de discorde. Ils suivent Jésus, le Prince de la paix.

Les persécutés récapitulent tous les fruits de l’Esprit. Leur témoignage fait avancer le Royaume de Dieu à grand pas.

 

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BIENVENUE EN ESTONIE

Mgr Stéphanos, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie

Mgr Stephanos commence par dire que la langue estonienne est d’origine fino-hongroise. Elle a su garder son identité alors que l’Estonie a vécu plusieurs occupations (Allemagne, Danemark, Suède, Russie) qui menaçaient son identité.

Au16e siècle l’Eglise catholique d’Estonie passa à la Réforme luthérienne. En 1721 l’Estonie tomba sous domination russe. La présence orthodoxe devint alors plus forte, mais avec la tentation de russifier le pays.

La deuxième guerre mondiale a été terrible. L’Estonie a été ravagée et a perdu son indépendance. Le joug communiste a duré 47 ans. Le régime communiste instrumentalisa l’Eglise orthodoxe russe pour parvenir à des fins politiques. De manière anti-canonique il plaça l’Estonie sous la juridiction du Patriarcat de Moscou, ce qui ne fut jamais accepté. Le 9 mars 1945, le Saint-Synode russe décida la dissolution de l’Eglise orthodoxe d’Estonie. Le patriarcat de Constantinople n’a jamais accepté cela et a rétabli cette Eglise en 1996.

Mgr Stephanos espère de tout son cœur que le Patriarcat de Constantinople, en communion avec celui de Moscou, finira par trouver une solution satisfaisante pour rassembler en une seule les deux juridictions de l’Eglise orthodoxe en Estonie. Le Concile orthodoxe qui vient d’avoir lieu a appelé à cela.

L’Eglise orthodoxe d’Estonie a quelque chose à dire à toute l’Eglise orthodoxe car elle est minoritaire, comme l’Eglise orthodoxe de Finlande. Elles ont la capacité de dialoguer avec la culture occidentale et avec le protestantisme luthérien en particulier, car elles ont vécu en tant que minorité dans de grands empires.

Pour en savoir plus: http://www.orthodoxa.org/FR/accueil_FR.htm et en particulier l’article de Mgr Stephanos «Une si petite Eglise dans la grande Europe».

 

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LE VECU CHRETIEN DANS LES PAYS BALTES

Table ronde

1) Mgr Urmas Viilma, archevêque luthérien d’Estonie

Mgr Urmas Viilma, archevêque luthérien d’Estonie partage l’expérience de l’Eglise dans les Pays baltes. Bien que les pays soient très proches, il y a plus de différences que de similarités historiques.

L’Estonie et la Lettonie ont été christianisées ensemble au 11e siècle, alors que la Lituanie l’a été au 14e. Celle-ci échappa à la russification du 18e siècle. La Lituanie est largement catholique. En Lettonie, il y a quatre groupes: luthériens (légèrement majoritaires), catholiques, orthodoxes, et les sans religion. En Estonie, l’Eglise orthodoxe rassemble 16% de la population et les luthériens 10%. Les non-religieux sont largement majoritaires: plus de 70%.

 

Un signe positif est la bonne collaboration œcuménique en Estonie. Les chrétiens sont une minorité, un tiers de la population. Ils n’ont pas le temps et le besoin de se battre entre eux. Les Eglises doivent parler d’une seule voix dans la société. Chaque mois, les responsables des dix Eglises membres du Conseil des Eglises chrétiennes se rencontrent, depuis 1991. Les jeunes ont aussi leur Conseil.

 

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L’Eglise luthérienne couvre tout le territoire avec 161 paroisses. Elle est considérée comme l’Eglise historique. Par exemple le jour de l’indépendance est célébré dans une église luthérienne. Mais les autres Eglises sont invitées. Mgr Urmas Viilma conclut par ces paroles fortes.

«Le monde moderne attend que le point focal de chaque changement soient les besoins, les désirs et les droits des personnes. Les Ecritures, cependant, enseignent que le point focal de chaque changement doit être le Christ. Si le point focal de l’action et de la proclamation de l’Eglise n’est plus le Christ, alors nous ne sommes plus l’Eglise du Christ».

«L’année dernière, dans le cadre du Conseil des Eglises d’Estonie, nous avons célébré de manière oecuménique les 800 ans de la consécration de l’Estonie à la Vierge Marie. Nous allons aussi commémorer ensemble les 500 ans de la Réforme. J’ai été invité à participer à la rencontre avec le Pape François à Lund, le 31 octobre prochain, en compagnie de mon frère évêque catholique».

2) Sœur Helvi Pulla, Diaconesse de Reuilly, Finlande

Sœur Helvi Pulla, Diaconesse de Reuilly d’origine finnoise, témoigne de la vie de l’Eglise luthérienne. Contrairement à l’Eglise luthérienne de Lettonie, celle d’Estonie ordonne les femmes. Plus de 20% des pasteurs sont des femmes. Plusieurs paroisses sont jumelées avec des paroisses de Finlande avec beaucoup de visites.

L’estonien chante beaucoup dans de nombreuses chorales. Un festival de musique à Tallin avec 30.000 chanteurs a lieu tous les 3 ans ! Le mouvement des frères de Hernhut est bien développé en Estonie.

 

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3) Père Mattias Palli, orthodoxe, Estonie

Père Mattias Palli, de Tallinn, parle du diocèse orthodoxe. Un diocèse en croissance avec beaucoup d’activités. La collaboration œcuménique est bonne. L’Eglise orthodoxe a trois évêques, 36 prêtres, 8 diacres avec 62 paroisses. Une partie parle estonien, l’autre russe. Certains sont de nouveaux convertis après la chute du régime communiste. Il y a deux monastères sous la juridiction du Patriarcat de Moscou. Un Institut théologique vient d’ouvrir ses portes avec une Ecole théologique complète en collaboration avec l’Eglise luthérienne. Le diplôme, un master, est reconnu par l’Etat.

 

L’Eglise orthodoxe d’Estonie a un caractère unique : elle est un lien entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud. Elle est enracinée dans un mouvement de conversion populaire.

« Tous les intervenants ont montré le désir des Eglises de construire ensemble. La quantité n’est pas déterminante mais ce qui est important est le cœur, le désir de communion. Plus il y a d’échanges vrais, de rencontres personnelles, plus l’Eglise grandit», conclut l’Archimandrite Syméon, le modérateur de cette table ronde.

 

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ECHOS DU CONCILE PAN-ORTHODOXE

Mgr Stéphanos, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie

(Echange libre avec l’assemblée)

Mgr Stephanos parle avec beaucoup d’enthousiasme de sa participation au Concile orthodoxe qui vient d’avoir lieu en Crête: «L’Esprit-Saint était là. Il nous a conduits. On a eu des moments très difficiles, en particulier sur le thème des relations œcuméniques. Cela a failli faire sauter le Concile. On est sorti sur les rotules ! C’était d’une telle puissance, intensité et spontanéité. On ne peut pas sortir ses tripes sans l’Esprit. J’ai senti deux fois dans ma vie cette puissance de l’Esprit. Une première fois en ordonnant un prêtre. La deuxième fois à ce Concile».

Quel est le principal acquis? «L’Eglise orthodoxe a montré qu’elle est une Eglise qui prend à bras le corps les problèmes actuels». Un autre acquis est celui de l’unité de l’Eglise orthodoxe : « Nous ne sommes pas une Fédération de 14 Eglises mais une seule Eglise. Tous les Primats ont célébré ensemble la liturgie. Notre plaie est l’ethnophilétisme et aussi pour une certaine part le principe de l’autocéphalie, telle qu’elle est pratiquée de nos jours par telle ou telle de nos Eglises.

Quelle est la décision qui l’a le plus réjoui? «J’ai connu les pires angoisses, mais aussi une grande joie sur le thème des relations avec les autres Eglises. Tout a tourné autour de la question : est-ce que ces autres Eglises sont de vraies Eglises ? Pour certains, seule l’Eglise orthodoxe peut porter le titre d’Eglise. Ce fut le cas de cet évêque qui pendant tout un jour, à chacune de ses interventions, n’a pas démordu de cette idée. Une joute stérile avec la majorité des Pères conciliaires présents !… Heureusement que l’Archevêque de Chypre et quelques autres évêques ont soutenu et proposé une autre vision des choses avec pour conséquence de faire fléchir positivement l’Archevêque d’Athènes et son groupe. Je me souviens encore de l’intervention du Patriarche d’Alexandrie qui disait ceci : lorsque je sors de chez moi et que je rencontre mon ami l’évêque copte, comment ne pas voir en lui un frère alors que ni lui ni moi ne savons si, à la fin de la journée et après avoir vaqué à nos affaires, nous serons à même de revenir sains et saufs chez nous!»

Un Concile aura-t-il lieu tous les dix ans? Cela n’a pas été décidé, mais proposé. Il faut laisser décanter maintenant. Un tel événement demande un investissement énorme. Comment la réception du Concile se fera-t-elle ? Voilà la question importante. Le Concile est la fin d’une époque et le commencement d’une génération nouvelle. Il faut maintenant assainir la situation avant d’en convoquer un autre. L’Eglise orthodoxe ne doit pas changer sa foi, mais la vivre autrement.

Le Patriarche Bartholomeos a mis sur le tapis la question des empêchements au mariage. Aujourd’hui, selon la discipline de l’Eglise orthodoxe, un prêtre qui perd sa femme ne peut pas se remarier. Le Patriarche a remis cela en question. Un geste d’ouverture fort, selon Mgr Stephanos ! Le scandale de la richesse des palais épiscopaux a été aussi discuté!

«Le but du Concile était de manifester l’unité de l’orthodoxie : nous sommes une seule et même Eglise. C’est pourquoi les thèmes choisis n’étaient pas provocateurs. Le Concile a réussi, tout le monde est reparti avec la conviction que nous avons fait ce que Dieu voulait. Et c’est une grande joie», ajoute le Métropolite.

Une question qui a agité la presse est l’absence de l’Eglise orthodoxe russe au Concile. Mgr Stephanos rappelle que le projet d’un Concile a commencé il y a 100 ans. Le Patriarche Athénagoras a lancé sa préparation en 1961. Au début on avait répertorié cent questions. On en a retenu dix. En 2014 tous les Patriarches se réunissent. On se met d’accord sur la date et le lieu. Six questions sont finalement retenues qui ont toutes une dimension pastorale. Les textes ont été étudiés par les 14 Eglises.

En janvier 2016 ces Eglises étaient d’accord pour y participer, mais 10 jours avant son commencement, l’Eglise orthodoxe russe s’est retirée, ainsi que trois autres Eglises. « Je suis sévère avec les russes, mais ils le méritent, dit Mgr Stephanos. Que l’Europe occidentale arrête de voir l’orthodoxie à travers l’Eglise orthodoxe russe. Tout le peuple de Crête s’est mis au service du Concile, et à la dernière minute, Moscou veut l’arrêter. Comment peut-on se permettre d’agir comme si les autres n’existaient pas? Mgr Daniel de Roumanie a eu raison de dire: «Quand on commence un jeu, on ne change pas les règles du jeu en cours de route».

Le Patriarcat de Moscou est une des 14 Eglises orthodoxes. Il n’a pas de supériorité. On dit que l’Eglise orthodoxe russe compte 140 millions de fidèles mais combien sont-ils pratiquants ? Ce qui compte est la qualité de la voix de l’Eglise ; chaque Eglise a une voix. Ce qui se passe entre Moscou et Constantinople est la rivalité de la troisième Rome. Or cette thématique a été condamnée par Moscou même au 18e siècle. Les prétentions de pouvoir ne doivent pas exister dans l’Eglise.

Et Mgr Stephanos de conclure: «Dieu travaille. L’homme soupire, Dieu transpire. C’est Lui qui dira le dernier mot. Il travaille aussi dans le cœur de ceux qui ont refusé de participer au Concile. Il veut transfigurer ce que le péché de l’homme a défiguré».

 

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LA MISERICORDE DANS LA VIE MONASTIQUE

Témoignage de l’Archimandrite Syméon
Higoumène du Monastère Saint Silouane, près du Mans (France)

«Jeune moine je pensais que je devais être le mieux possible pour rencontrer Dieu. Je luttais avec un certain orgueil. Je considérais que je devais le faire pour être accueilli par lui. Mais un jour Dieu décida de me convertir ! Un prêtre est venu au monastère et nous a raconté ce qu’il vivait. C’était il y a 50 ans. Il visitait les marginaux et les rejetés. Il allait voir les condamnés à mort et leur disait qu’ils étaient aimés de Dieu. Aux prostituées il disait également cela en leur affirmant qu’elles seraient les premières à entrer dans le Royaume de Dieu.

J’ai alors compris que Dieu m’aimait tel que j’étais, avec mes chutes et mes faiblesses. Il y a eu un retournement dans ma vie monastique, grâce à ces paroles. Ma vie a alors changé. A partir de ce moment, j’étais quelqu’un d’autre. Je vivais autrement ma vie quotidienne. Jusqu’à la fin de ma vie, cette grâce de la miséricorde sera la clé de ma vie. Et je dirais de la vie chrétienne tout court. Le Seigneur sur la croix a étendu ses bras et nous aime tous, nous embrasse. C’était une sorte de révolution spirituelle, et cela le reste encore.

 

Cette expérience a donné le vrai sens de ma vie. Lorsque Jésus dit: «Venez à moi vous tous qui peinez et je vous soulagerai», il le dit à tous, pas seulement aux chrétiens. Si nous avons reçu sa grâce, nous l’avons reçue pour l’humanité tout entière. Dans la prière de Jésus, «Seigneur Jésus, fils de Dieu ai pitié de moi», je mets dans ce «moi» toute l’humanité. L’essentiel est de vivre sa miséricorde, d’en être l’icône. Ma responsabilité est de vivre ce que j’ai reçu. Il n’y a pas de condition pour vivre la miséricorde de Dieu, sinon de l’accepter.

Cette expérience a eu une résonnance dans ma vie. Je vis avec 13 frères et sœurs, de plusieurs nationalités, jeunes et vieux. Tous ont une personnalité unique. Mon travail, mon service de père spirituel est d’abord de les aimer comme ils sont et de leur apprendre à s’aimer mutuellement. L’ascèse la plus difficile est de vivre ensemble, avec des caractères tellement différents. Apprendre à vivre la miséricorde dans l’expérience de la rencontre avec l’autre. « Aimez-vous les uns et les autres, comme je vous ai aimés », c’est le centre de l’Evangile. Les « autres » sont ceux qui sont différents de moi. Si je n’ai pas expérimenté ce qu’est la miséricorde de Dieu, c’est difficile d’aimer les autres.

Le premier homme qui est venu au monastère avait commis un meurtre. Le juge m’avait demandé de l’accueillir. Il a vécu avec nous puis il a été en prison. Quand je le visitais, le gardien m’a dit combien ce prisonnier était lumineux. Il a été condamné seulement à 5 ans. Il s’est marié et on a baptisé son enfant. Je suis resté en contact avec lui.

Trois femmes nous ont été confiées, elles voulaient sortir de la prostitution. Elles vivaient dans la peur des souteneurs qui voulaient les tuer. On ne leur a jamais demandé quoi que ce soit sur leur vie passée. On les a aidées à se réinsérer et elles ont trouvé des formations.

La miséricorde que Dieu nous offre, nous en avons la responsabilité pour l’autre, pour celui qui vient frapper à notre porte. C’est banal. Ce qui l’est moins est que Dieu a réussi à me changer après m’avoir dit qu’il m’aimait comme j’étais. Et il a encore du travail…! »

 

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«J’ETAIS ETRANGER ET VOUS M’AVEZ ACCUEILLI»

Table ronde
1) Père Firas A Khider, Rogationiste du Cœur de Jésus

Le Père Firas A Khider est irakien et vient d’être ordonné prêtre. Il nous parle du drame de son peuple. Il y avait 1,4 million de chrétiens en Irak… 260.000 aujourd’hui. De nombreux martyrs et parmi eux des ecclésiastiques de diverses confessions. Aucune miséricorde n’est manifestée de la part du soi-disant Etat islamique. C’est une période comparable à celle du génocide arménien et syriaque par les turcs en 1915 !

J’étais étranger et vous m’avez accueilli. Le peuple irakien vit un exode de plus de 4,2 millions de réfugiés hors de l’Irak, toutes religions confondues. Où loger toutes ces personnes ? Dans une chambre il y avait plus de 50 personnes. La fuite était si inattendue qu’on ne savait pas où les mettre. Ils se réfugiaient dans les églises.

On a dit que les chrétiens se mettaient du côté du pouvoir dictatorial. N’y a-t-il pas quelque chose à repenser dans leur attitude ? Mais il faut voir que les chrétiens ne s’engagent pas en politique. Ils sont bien vus car ils sont pacifiques et loyaux. Ils mènent une vie simple et ont ouvert leurs maisons à tous lors de la première guerre du Golfe en 1991.

Le Frère Firas a lui-même vécu une tentative d’enlèvement de la part d’extrémistes : « Je n’ai pas peur, car j’appartiens au Christ. Je n’enlève pas mon col romain. Si le Christ est avec nous, qui sera contre nous ? Les prêtres et les religieux n’enlèvent pas leur habit. Notre gloire est le Christ, il est notre espoir et notre salut… »

Il nous partage aussi ses convictions œcuméniques : « Je respecte les responsables des Eglises. Mais souvent ils ne pensent qu’aux fidèles de leur propre Eglise. Nous sommes Eglise ensemble. L’Eglise se sont les chrétiens tous ensemble. Leur vie doit être protégée, elle est un don de Dieu ».

Firas cite la dernière Béatitude: «Heureux les persécutés Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse…! » et la Lettre à Diognète qui s’en inspire : « Les chrétiens résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés… Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils y trouvent leur justification. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie.»

 

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2) Pasteure Florence Taubmann : L’accueil des réfugiés en France
La Pasteure Florence Taubmann travaille au Département d’entraide de la Fédération

protestante de France (Défap) et a la responsabilité de l’action auprès des réfugiés.

Elle commence son exposé par une réflexion sur ce que signifie accueillir celui qui est éprouvé et malheureux. «N’oubliez pas l’hospitalité, car certains ont accueilli des anges», dit la lettre aux Hébreux (chapitre 13). Par l’étranger nous pouvons donc être évangélisés.

Avec l’épitre aux Ephésiens nous nous rappelons que nous étions étrangers et que nous sommes devenus concitoyens des saints. Nous sommes dans ce monde et pas de ce monde, donc nous sommes aussi étrangers par rapport à ce monde. Cette condition du croyant remonte jusqu’à Abraham.

Cette étrangeté est aussi celle de notre mémoire d’Egypte : « Vous avez vous-mêmes été étrangers en Egypte ». Ne pas opprimer l’étranger, car nous l’avons aussi été ! On pense en effet à toute l’exploitation dont l’étranger est victime.

Celui-ci a droit à une intégration : la loi sur le glanage le dit clairement (Lévitique 19,10). Le shabbat parle aussi d’intégration : « Le 7e jour tu te reposeras…afin que l’étranger qui réside chez toi ait du repos ». Intégrer, accueillir, aider, nourrir : c’est toute cette préoccupation que nous avons par rapport aux migrants qui arrivent en Europe.

La phrase de Michel Rocard (homme politique français) a souvent été tronquée de sa seconde partie : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit en prendre sa part ». C’est une éthique à la fois de conviction et de responsabilité.

La Fédération protestante de France a lancé un appel au logement. La réponse a été donnée aussi de manière œcuménique. Accueillir ne suffit pas, il faut aussi accompagner et orienter.

Devant les personnes en détresse, un groupe de paroissiens s’est exclamé : « C’était comme si Jésus nous le demandait ». Ils se sont engagés dans un camp de Grande Saintes. La rencontre personnelle avec les migrants change tout, même si les difficultés culturelles, de communication demeurent.

Le Bon Samaritain s’arrête mais il va aussi jusqu’à prendre soin du blessé après l’avoir amené à l’auberge. Cela fait réfléchir dans notre relation avec les migrants. Toutefois dans leur cas, c’est le nombre qui fait peur. Nous savons que chaque personne est unique, mais on se sent menacé par la foule des migrants. Cependant les choses commencent à changer quand on entre en relation personnellement. Cela demande tout un travail.

NAITRE A LA MISERICORDE

Sœur Anne Lécu, Dominicaine de la Présentation, médecin de prison

La pratique de médecin de prison de Sœur Anne Lécu lui a fait lire la Bible autrement. Sa manière de prêcher, en tant que Dominicaine, a complètement changé après cette expérience.

Dans sa lettre sur la miséricorde le Pape François a eu cette intuition qu’une personne en prison qui passe par sa porte de cellule, c’est comme si elle passait par une Porte sainte, si elle en est consciente.

Or une cellule est un enfermement. Le Christ s’est identifié avec les coupables. Les gens qui passaient à côté de sa croix ne savaient pas qu’il était innocent. Il a pris sur lui la malédiction du péché. Les prisonniers savent cela de manière intuitive.

Le texte d’Apocalypse 3 parle d’une porte : « Je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu’un entend ma voix et m’ouvre la porte, j’entrerai chez lui… » Dieu est dans nos vies comme un détenu qui n’a pas la clé. C’est à nous, personnes croyantes, d’ouvrir cette porte pour que d’autres soient rejointes par le Christ.

« Dieu ne nous demande pas ce que nous fûmes, il n’est touché que par ce que nous sommes », affirmait le Père Lataste, un Dominicain aumônier de prison au 19e siècle. Marie et Marie Madeleine vivent de la même innocence quand elles regardent vers le Christ. Ainsi en va-t-il de chaque prisonnier, aussi coupable soit-il ! Le péché ne peut que recouvrir l’image de Dieu, il ne nous fait jamais la perdre. Sœur Anne croit que l’innocence originelle n’est jamais perdue pour personne. Les personnes en prison le lui rappellent chaque jour. Le Christ nous la restitue entièrement. « Venez à Jésus, il a du baume pour toutes les blessures », disait le Père Lataste.

La honte est un des pires sentiments qui abime l’homme. Elle est mortifère. Après la création, le second geste de miséricorde que Dieu fait est de couvrir Adam avec une tunique de peau pour qu’il puisse vivre. Quelle discrétion en Dieu qui couvre le péché d’Adam ! Est-ce un agneau qui est sacrifié – préfiguration de l’agneau pascal ?

Le contraire de la miséricorde est d’exposer la faute de l’autre. On le voit dans l’histoire de Cham, fils de Noé. En hébreu le pardon (la racine kpr) c’est recouvrir la faute des hommes. Découvrir la nudité, ce que fait le fils de Noé avec son père, cela veut dire violer la personne. Recouvrir la faute c’est lui offrir un abri, être hospitalier. Revêtir la tunique du Christ c’est faire que ce qui est mortel soit revêtu par la vie, le Christ. « Faites comme si le Christ est votre capuchon », disait un autre dominicain. « Ils ont lavé leur robe dans le sang de l’agneau », dit l’Apocalypse : ces personnes, ce sont nous.

La violence de la prison est la même que celle que l’on vit en communauté. « Paradoxalement, avoue Anne Lécu, j’ai beaucoup plus de difficulté à fermer les yeux sur les fautes de mes sœurs Dominicaines, que sur celles des prisonnières. Celles-ci m’enseignent à être davantage miséricordieuse ! »

LA PROCHAINE RENCONTRE DE L’E.I.I.R. aura lieu dans une communauté luthérienne, la Christusbruderschaft à Selbitz, non loin d’Erfurt, en Allemagne, du 4 juillet 2018 soir au 10 juillet matin.

 

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LECTIO DIVINA

avec le Pasteur Martin Hoegger

Le Pasteur suisse Martin Hoegger a animé deux Lectio divina participatives sur le thème de la miséricorde, au moyen d’un livret de l’Ecole de la Parole en Suisse romande « A table. Les récits de repas dans l’évangile de Luc » (Cf. http://www.ecole-de-la-parole.ch).

Chez les Pères de l’Eglise, la recommandation aux moines de prier sans cesse (1 Th 5,17) est jointe à celle de consulter assidûment la Bible. Jérôme exhortait la vierge Démetriade, une des jeunes romaines appartenant à son Eglise de maison : « Que l’amour de la Lectio divina occupe totalement ton âme ». Un autre Père, Ambroise de Milan, donne ce conseil : «Tout le jour, médite la Parole de Dieu. Prends comme conseillers Moïse, Esaïe, Jérémie, Pierre, Paul, Jean. Prends comme conseiller suprême Jésus-Christ, afin d’acquérir le Père. Parle avec eux, médite avec eux tout le jour». Les Pères de l’Eglise d’Orient et d’Occident ont prié ainsi, en s’imprégnant de l’Ecriture par une méditation continuelle. «Applique-toi avec constance et assiduité à la lecture sacrée jusqu’à ce qu’une incessante méditation imprègne ton esprit et, pour ainsi dire, que l’Ecriture te transforme à sa ressemblance», recommande Cassien. Pour Chrysostome, cette familiarité avec la Bible n’est pas réservée aux moines, elle est pour chaque fidèle: «Quand vous rentrez à la maison, vous devriez prendre l’Ecriture et, avec votre épouse et vos enfants, relire et répéter ensemble la Parole écoutée (à l’église). […] Qui vit au milieu du monde et y reçoit chaque jour des blessures a bien plus grand besoin de remèdes. Ainsi y a- t-il encore un plus grand mal que de ne pas lire, c’est de croire la lecture vaine et inutile».

La Lectio divina est une lecture entrée sur le Christ. Elle consiste à chercher le Christ, « Lui que je cherche dans les livres », comme l’écrit Augustin ; elle signifie « consommer mystérieusement la Parole rompue », selon Origène, et encore « consommer l’agneau pascal », comme le dit Grégoire de Naziance. Durant ces temps de Lectio divina, notre désir a été de rencontrer le Christ ressuscité à travers sa Parole. Et il s’est donné à nous à travers l’écoute de sa Parole, le silence, la prière et l’écho de sa Parole dans le frère et ma sœur qui sont à nos côtés et en qui il nous attend. Nous avons ainsi fait l’expérience d’une profonde rencontre en Lui.

 

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LITURGIES

Cette communion profonde dans la Parole de Dieu accroît encore notre aspiration à une pleine communion eucharistique. Nous avons assisté aux liturgies de nos Eglises sans recevoir le sacrement. Une Sainte Cène protestante présidée par le Pasteur Jean-Philippe Calame (réformé, Suisse) a été célébrée dans l’Eglise évangélique luthérienne d’Aegviidu, en présence du Pasteur du lieu et d’une laïque engagée dans la paroisse. Le samedi, après que nous ayons visité cette belle ville médiévale de Tallinn, classée au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, notre groupe a rejoint le soir la communauté paroissiale catholique dans la cathédrale, pour l’Eucharistie. Le dimanche, dans la cathédrale orthodoxe Saint-Siméon de Tallinn nous étions rassemblés pour la Liturgie, en estonien, présidée par le Métropolite Stephanos. L’archevêque luthérien, Mgr Urmas Viilma a tenu à être présent à nouveau, avec notre groupe. Après les salutations fraternelles plus officielles qui ont suivi cette liturgie, la paroisse a offert à tous un verre d’amitié.

 

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Trois autres beaux moments ont été : le concert donné par la chorale de la paroisse orthodoxe Saint Paul de Vändra, le spectacle offert par le groupe folklorique de Sétoma et le repas préparé et partagé à la Métropole.

 

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TEXTES DES CONFERENCES ET TABLES RONDES DE LA RENCONTRE

 

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LE BULLETIN ‘EIIR NEWS’ N°16 (2016)

21 mai 2016

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Bulletin ‘EIIR NEWS’ en préparation de la dernière Rencontre qui se tiendra à Tallinn en Estonie au mois de juillet 2016.

CLIQUEZ ICI POUR LE BULLETIN ‘EIIR NEWS’ N°16

LA RENCONTRE DE 2016 EN ESTONIE

4 février 2016

LA 36° RENCONTRE EIIR  

TALLINN (ESTONIE) 5-10 JUILLET 2016

«HEUREUX LES MISERICORDIEUX»

3 Conférences

La spiritualité des Béatitudes
Mme Claude Caux, protestante, Prieure de la Fraternité Spirituelle des Veilleurs,

La miséricorde dans la vie monastique, témoignage
Archimandrite Syméon, orthodoxe, monastère Saint Silouane (France)

Le don de miséricorde, une source d’inspiration toujours renouvelée
Sœur Anne Lécu, catholique, dominicaine de la Présentation de Tours, médecin en prison

2 Table-rondes

avec des délégués catholiques, orthodoxes, protestants

  • Le vécu chrétien dans les pays baltes
  • J’étais étranger et vous m’avez accueilli

Temps de prière

Lectio divina, avec le Pasteur Martin Hoegger (Ecole de la Parole, Lausanne)
Sainte Cène protestante, Messe catholique, Divine Liturgie orthodoxe

Ecoute mutuelle

Travail de groupe et temps de partage de nouvelles et d’expériences

Découverte de Tallinn et de l’Estonie

Conférence
Monseigneur Stéphanos, Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie

Visite de la ville

 

POUR TOUTE INFORMATIONS VOIR LE BULLETIN E.I.I.R. N°16 – février 2016

BULLETIN D’INSCRIPTION

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LE LAC

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12525501_10153314220786074_7454013198398435363_oLes Métropolites Stéphanos et Athenagoras et l’Archimandrite Syméon
réunis pour préparer la Rencontre en Estonie

12493530_10153314221576074_6078894700778141083_oLe père Syméon devant l’entrée du Centre de la prochaine Rencontre EIIR

12615775_10153314222566074_9078191702591352104_o.jpgLe Centre d’accueil pour la prochaine Rencontre EIIR