Rila – Cette XXXIIIème Rencontre de l’EIIR a eu la joie de se vivre dans le prestigieux cadre du Monastère Saint Jean de Rila (Bulgarie). Le groupe des participants remercie l’Evêque Evlogij, higoumène de ce monastère, ainsi que tous les frères bulgares particulièrement le Hiérodiacre Petar Gramatikov et le Prof. Ivan Z. Dimitrov.
La disposition de “philadelphia” a rapidement permis des retrouvailles chaleureuses pour les habitués, et d’être vite intégrés pour les nouveaux. Venant de plusieurs pays et confessions (Allemagne, Belgique, Brésil, Bulgarie, Colombie, Espagne, Estonie, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Norvège, Roumanie), les participants ont été attentifs à répondre au thème de réflexion: “La vie en Christ: défi et espérance”.
La conférence d’ouverture donnée par l’Evêque Athénagoras de Sinope (Patriarcat Œcuménique – Belgique), président de l’EIIR, a permis d’orienter les travaux: «regarder en face les difficultés, les défis que présente la vie en Christ… Le coeur de l’homme est le seul endroit où la véritable liberté prend son sens, où l’Amour véritable pour Lui et pour notre semblable peut croître et d’où la louange liturgique à Dieu peut s’élever». Tous ont été sensibles et honorés de l’attention portée à la Rencontre par le Patriarche Œcuménique Bartholomée de Constantinople, par les Cardinaux Walter Kasper (président du Conseil Pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens - Vatican) et Franc Rodé (préfet de la Congrégation pour la vie consacrée – Vatican) et par Sa Majesté le Roi Siméon de Bulgarie. Leurs mots chaleureux d’encouragements ont permis de mieux saisir l’ampleur et la gravité des échanges.
Les temps de prières et de participation “liturgique” ont aidé à contempler le mystère de Notre Seigneur: le défiguré du Golgotha et le transfiguré du Thabor, clef et source de toute droiture anthropologique, en s’inspirant ici de Saint Irénée de Lyon.
Soeur GilChrist Lavigne (Mariakloster Tautra – Norvège) a ouvert le chemin. Insistant sur l’indispensable dynamique d’expérience et de compagnonnage avec le Christ; elle a invité l’assemblée à savoir oser passer de la crainte servile à la crainte constructive. Don, contredon et abandon, nous amènent à un décentrement pour vraiment participer à la perfection de Jésus. Il faut accepter nos fragilités pour laisser progressivement entrer en nous la force de miséricorde. Itinéraire que les participants ont retrouvé dans la conférence de l’Archimandrite Syméon (Monastère Saint Silouane – France). Fulgurence de la conversion de Saint Silouane de l’Athos: «Tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas». Dans les larmes et les cris, l’orgueil
qui semble fermer tout progrès spirituel, dans l’élan du désir du Christ, se mue en faiblesse reconnue pour se laisser aimer à la mesure du coeur d’Amour de Dieu. L’espace intérieur de Saint Silouane se dilate alors aux dimensions de la compassion pour tous les hommes de la terre. En complément de cet apport profond, Soeur Théosemnie (Monastère de Chrysopigi, Chania – Grèce) a rappelé la belle figure de Porphyre de Kafsokalyvia, avec l’intention de se reposer la question de notre propre attachement au Christ.
«Etre témoin du Christ». L’un des appels marqué par le Pasteur Jean-Arnold de Clermont (ancien président de la KEK – France). Dieu a contracté une alliance avec nous, il se fait proche. Nous sommes ainsi convoqués à une écoute et un partage. Une ouverture à l’insaisissable divin dans la diversité des modes culturels, à une Parole qui rend libre, qui travaille et demeure au plus intime de nous-mêmes, pour être partagée. Sœur Christiane Jouve (Pomeyrol – France) a présenté le projet des soeurs de Pomeyrol, à partir de l’expérience d’une quête intérieure de paix de leur fondatrice au coeur des affres de la Seconde Guerre Mondiale.
Ces lignes substantielles trop rapidement données ont été articulées à la situation concrète de la Bulgarie. Les conférences du Hiérodiacre Petar Gramatikov (Plovdiv – Bulgarie) et du Prof. Ivan Z. Dimitrov (Sofia – Bulgarie), ont permis de mieux considérer les enjeux et les espérances en cette terre bulgare. Pays européen où il semble que la diversité des religions se vivent dans l’harmonie, mais où une certaine désaffection pour la foi chrétienne n’est pas sans rappeler d’autres cas européens, évoqués lors des rencontres en carrefours. L’assemblée a aussi pu – avec une amertume certaine – constater que l’oecuménisme n’était pas toujours prioritaire et a prié pour que l’Esprit souffle aux pasteurs de se saisir plus profondément de ce mouvement essentiel pour la vie de l’Eglise.
Le Père Michel Van Parys (Monastère de Chevetogne – Belgique) a proposé cinq défis à relever dans l’espérance œcuménique: relever le désarroi des fidèles, retrouver le chemin avec les personnes qui ont besoin d’une foi qui console et d’une espérance chaleureuse, s’interroger sur l’hégémonie persistante du modèle occidental, réconcilier nos vieilles blessures, ne pas laisser l’oecuménisme s’endormir dans la diplomatie. Aussi faudrait-il nous mettre en obédience du Rabbi qui est Parole de Dieu, apprendre à mieux recevoir des autres traditions, recentré sur la présence du Règne de Dieu, être davantage attentifs à l’échange des dons.
La table ronde animée par le Père Franck Lemaître (Paris – France) a pu permettre d’entrer dans des éléments concrets, particulièrement la relation de la récente assemblée de la KEK à Lyon (Mgr Stephanos de Tallinn et de toute l’Estonie et le Pasteur Jean-Arnold de Clermont), ainsi que les efforts à poursuivre à l’aune de 100 ans de vie oecuménique (Dom Michel Van Parys).
Tout cela recentrer sur le mystère du Christ ressuscité où le Métropolite Stephanos de Tallinn et de toute l’Estonie, a livré une profonde méditation nouant toutes les lignes déjà évoquées: «l’espace mystérieux du coeur, lorsqu’il est habité par Jésus ressuscité ne connaît plus de limite». Témoignage de la joie pascale où, nous les baptisés, sommes plongés dans une configuration avec le Christ. Et dans son lien sponsal avec chacun d’entre nous, se révèle la proximité et la vérité. Nous retrouvons la nécessité du témoignage, de l’accompagnement, de la présence. Contemplons-nous assez ce mystère de l’Incarnation où «le but final est la destruction de la mort»? Le lien avec don, contredon, abandon, dans la foi, ne se retrouve-t-il pas ici?
L’après-midi de la journée finale fut consacrée, comme de coutume, à l’Assemblée Générale de l’EIIR, à l’évaluation de cette Rencontre, à un échange sur des projets d’avenir, ainsi qu’ à l’élection des membres du Comité Organisateur.

Mgr Stephanos et Mgr Ioan, auxiliaire du Patriarche de Bulgarie
Il semble qu’entre Thabor et Golgotha, chacune des rencontres de l’EIIR, des prières, des temps de célébrations, a été traversée par cette tension entre douleur et transfiguration. C’est le chemin obligé de tout disciple du Seigneur, de celui qui désire la sainteté, que ce soit pour chaque baptisé ou pour chaque Eglise. Puisque le Christ époux est serviteur, l’assemblée a sans doute emprunté ce chemin diaconal, durant ces quelques jours. Espérons qu’il ne soit pas un simple tronçon de route vite délaissé, mais qu’il grandisse pour que s’intensifie l’autoroute de l’Unité. Osons rendre grâce pour ce temps que l’Esprit nous a donné pour bâtir ce bel échangeur.
Christ est ressuscité!
Alléluia.
P.S. La prochaine Rencontre est prévue chez les Soeurs Protestantes de Pomeyrol, en France, du 13 au 19 juillet 2012.

Les membres-élus du Conseil d'Administration de l'EIIR
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